Le survivaliste et les affaires de la Cité

Le survivaliste et les affaires de la Cité


Remerciements à Patrick D'Hondt (MetaTv) pour son aimable permission d'utiliser un extrait vidéo.

Michel Drac, éditeur, auteur et conférencier notamment, était il y a quelque temps l'invité de Tepa ()atrick D'Hondt) sur la défunte La Libre Antenne à MetaTV et qui opère maintenant sous le nom de https://www.patriote.info/  et j'aimerais rebondir sur les propos qu'il y a tenus :

« Le fait que les mecs se préparent à un gros problème si le système craque, au passage ça les prépare aussi à faire face au système si le système leur dit "ben, casse-toi", ils disent "ok je me casse, de toutes façons je suis équipé". Donc la sensibilité du prepper rencontre naturellement celle du dissident qui veut une contre-société.

Le deux projets ne poursuivent par les mêmes objectifs en théorie, ne régissent pas aux mêmes problèmes, mais finalement ils s'adossent l'un à l'autre» (début 8 min. 34 s.)


Michel Drac, auteur, éditeur, conférencier

J'ai été enchanté d'entendre ces propos.

Nous nous rejoignons d'ailleurs sur ce sujet:

« Le survivalisme inspiré par une volonté d'autonomie constitue une rupture avec le mode de fonctionnement de cette société, (...) »

Et
« (...) le survivalisme est une préparation à un changement radical du mode de vie, un changement que nous n’aurons pas choisi et qui sera dicté par les circonstances, qu’elles soient humaines ou naturelles. (...) Les gens qui n’ont pas de ressources, ils sont le problème de l’État à l’heure actuelle. Quand l’État ne pourra plus continuer, ils deviendront votre problème, eux ainsi que les impréparés. »

Je serais tenté de compléter cette idée mais aussi de relier ça au discours sur le survivalisme dit « apolitique ».

Évolution et adaptation


La génération spontanée, ça n'existe pas. Rien ne survient sans cause et chaque cause produit ses effets. Dès lors on peut lancer l'hypothèse que les survivalistes répondent en nombre progressivement plus élevé à des effets anticipés de l'évolution de la société et cela, depuis un grand nombre d'années.

Cette réponse est le retour à l'autonomie personnelle et familiale face à une société de plus en plus maillée et chaînée. Or tout le monde sait que la chaîne est aussi forte que le plus faible de ses maillons et que si celui-ci cède, c'est toute la chaîne qui faillit à sa tâche. 

La solution des survivalistes donc, c'est l'autonomie, c'est à dire un démaillage plus ou moins important d'avec la Chaîne socio-économique voire même politique et le remaillage, éventuellement, avec une nouvelle chaîne moins systémique et à échelle plus humaine. 

En d'autres termes les survivalistes entendent répondre à un effondrement progressif de l'économie puis de la civilisation par la création d'un contre-mode de vie et l'espérance du développement d'un contre-système dans lequel ils exerceront un plus grand contrôle sur leurs destinées.

Cela suppose l'anticipation de la disparition des facteurs qui font la cohésion des grands ensembles humains. 

Bien que la grande majorité des survivalistes qui ne sont pas des "évacuateurs précoces" envisagent plutôt un mode de vie rural au sein du Base Autonome Durable (BAD) telle que popularisée par Piero San Giorgio, le concept de BAD ne se résume pas à cela. Piero a évidemment mis l'emphase sur une BAD productrice d'aliments car fondamentalement, comme dirait très justement Frédéric Delavier tout revient en définitive à une question de calories et même si cet homme est très contesté dans les milieux identitaires, il n'en énonce pas moins une vérité fondamentale.

Toutefois, et Piero San Giorgio le mentionne régulièrement dans ses ouvrages, la BAD est un moyen d'assurer sa subsistance, qu'on produise des aliments ou qu'on produise des services ou des biens nécessaires à d'autres personnes.

Cette approche suppose un changement radical dans la manière d'envisager l'économie et du même coup l'organisation politique des sociétés. On ne dirige pas des gens autonomes par choix ou forcés de l'être par les circonstances, comme on dirige des assistés qui épuisent des ressources de l'État. En fait on ne les dirige pas du tout si on n'a pas les moyens soit de les faire adhérer, soit de les assujettir.

Ces contraintes, auxquelles les survivalistes se préparent et les "normaux" ne se préparent pas, sont un ferment de changements socio-économiques et politiques majeurs. C'est là que survivalistes et « dissidents », pour ce que ça veut maintenant dire, se rejoignent: les premiers constatent les changements à venir, les second y travaillent.

Convergence


Avec moins de 1% de la population qui se prépare, plus ou moins intensément, il sera difficile d'envisager faire la différence car nous sommes loin de la masse critique. En revanche plus nous évoluerons vers des conditions difficiles, plus les gens commenceront à se préparer et plus « dissidents » et survivalistes convergeront, si des ponts sont créés entre les milieux et si les esprits sont suffisamment ouverts à l'Autre.

Comme dans tout mouvement innovant, la masse critique sera atteinte lorsque 3 à 4 % de la population se sera mise à la préparation.

Aparté

On a beau jeu de critiquer des gens comme Piero et moi pour une soi-disant « haine » affichée, c'est à dire simplement pour oser parler des Affaires de la Cité — le « Politique », pris dans son sens noble. Cependant personne ne se demande pourquoi nous mêlons la « saleté » de la politique à nos propos. Je ne parlerai pas pour Piero ni qui que ce soit mais seulement pour moi.

Quand on parle de « survivalisme » et résolument que de « survivalisme » à l'intérieur d'un cadre bien précis qu'on définit soi-même, on ne s'adresse qu'à des convaincus et dès lors, il ne reste qu'à se distinguer des autres pour avoir l'audience la plus vaste possible.

En revanche quand on touche au survivalisme et, par exemple, aux affaires dites « politiques », à l'évolution de la société, aux grands mouvements « spontanés » qui bizarrement se produisent tous en même temps, ont le même discours, font les mêmes choses, sont soutenus par les ONG qui reçoivent des fonds provenant des mêmes poches, sont accueillis voire encouragés par les gouvernants en place, on touche immédiatement les survivalistes mais aussi ceux qui ne le sont pas et qui s'intéressent sérieusement au sort de leur société. C'est là qu'on devient réellement utile car on touche dès lors des gens qui ne viennent pas spontanément au survivalisme.

Dès lors se forment des intersections entre ces milieux, les uns influencent les autres, les uns sont influencés par les autres; la frontière entre les deux réalités devient perméable et finalement, les idées se diffusent, s'inter-influencent et au final, touchent plus de gens.

Les gens qui ne pensent que politique et qui s'inquiètent à raison de l'avenir de leur civilisation trouvent des moyens individuels d'action à travers le survivalisme, moyens qui peuvent devenir collectifs si la masse critique de gens est atteinte; les survivalistes qui ont privilégié l'action individuelle — « sauver sa peau » — réaliseront qu'ils peuvent aussi œuvrer collectivement avec d'autres qui ne sont pas à proprement parler des survivalistes.

Le cloisonnement des idées, c'est un concept de l'École Positiviste, soit du XIXe siècle, foncièrement dépassé par ses insuffisances. Ainsi, le survivalisme dit « pur », peu importe que vous l'appeliez survivalisme, prepping, responsabilité citoyenne, est un concept en putréfaction. Quand on considère, par exemple, que les politiques migratoires des 40 dernières années ont produites une détérioration du tissu social, parler de cette réalité s'inscrit à 100% dans le survivalisme ne serait-ce qu'à titre d'identification des dangers potentiels. Après on reste en surface ou on creuse, c'est selon les priorités et les capacités de chacun.

Ceci étant dit, revenons à nos moutons.

Répit médiatique


Il y a quelques années, les survivalistes étaient l'extrême-droite. Depuis, la définition a changée (encore) et ce sont les identitaires, les conservateurs, les traditionalistes, les soutiens de Donald Trump et même le Parti Québécois (mdr!), qui sont devenus la dangereuse extrême-droite.

Ils nous ont foutu la paix depuis! Mais ce n'est que partie remise. Il existe, et c'est de plus en plus transparent, une guerre à finir entre ceux qu'Henry de Lesquen (https://twitter.com/Lesquenlibre) a nommés « les cosmopolites » (les politiques, médias, establishment financier et industriel, les différents États Profonds occidentaux) et le reste de la population qui tient à son identité, sa patrie, ses valeurs et son mode de vie: les patriotes.

Henry de Lesquen

Par inclination naturelle, les survivalistes sont plus enclins à se reconnaître dans les patriotes que dans les cosmopolites. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'ils ont toujours été ciblés par les médias dans le passé: parce que nous survivalistes voulons davantage de racines quand eux veulent les arracher pour former une masse d'êtres humains indifférenciés, interchangeables, sans diversité mais au nom de la diversité.

Ceux qui dénoncent des gens comme Piero San Giorgio ou moi nous rendent coupables de haine alors que nous nous cantonnons dans le domaine des constats. On nous accuser de faire de la politique, chose que la majorité des commentateurs publics sur le survivalisme s'interdisent de faire, affectant une dignité bafouée quand ils abordent le sujet. C'est leur droit d'être des candaules ou, comme on dit aux USA, des cucks. Ils ont trois trains de retard et prétendent aider leurs adeptes à bien se préparer. :)

J'affirme en effet que l'identification des dangers n'est pas une activité accessoire au survivalisme mais bien son cœur et que quand l'écrasante majorité des événements qui nous affectent sont d'origine humaine, cela nécessite de se préoccuper des Affaires de la Cité et non pas de les ignorer dans une superbe indifférence affectée. Ceci étant dit, bien identifier les dangers et les menaces n'est pas donné à tout le monde mais s'y intéresser est une obligation morale.

Oui, le survivalisme est un geste de rupture idéologique et matérielle face à un système qui promet de protéger ceux qui en font partie mais qui crée du même coup les causes de sa chute, de sa déchéance et de sa disparition — et celles des gens qui y appartiennent. Sauf que nous, au lieu de tout foutre en l'air et d'égorger des gens en criant ALLAH SOUPE! nous ne rompons rien, nous ajoutons, pour le cas où ça romprait tout seul.

Ceci étant dit, le seul fait de perdre confiance au Politique — les Affaires de la Cité telles qu'elles sont institutionnalisées — est en soi une affirmation politique. Tout comme la prétention de ne pas en faire, d'ailleurs; en effet le seul fait de désirer de l'autonomie face au « Système »  est en soi une affirmation politique.

Alors Michel Drac avait bien raison de faire le lien entre les « dissidents » — pour ce que ça veut dire depuis quelques années — et les survivalistes: nous faisons la même chose sur des terrains différents. Que les gens qui soient prêt à la rupture et que ceux qui l'ont faite élargissent leurs horizons et s'enrichissent mutuellement. C'est le sens profond de mon approche depuis quatre ou cinq ans sur les bientôt sept que j'ai passées à communiquer publiquement sur le survivalisme.

Que les cucks caquètent et discutent des avantages marginaux de tel outil par rapport à un autre: ce sont des questions bien secondaires. Ceux qui voient plus loin, eux, s'intéressent à bien autre chose.

Merci à ceux qui soutiennent mon travail:
FG —  Dan Sullivan — Louis Mathieu
Ainsi qu'aux autres tipeurs et donateurs.

Commentaires

Unknown a dit…
Excellente analyse !

En fait il y a bien deux populations qui ont des interets convergents, voire trois si on prend en compte le fait que la situation des salaries (souvent robotisables, "degraissables", delocalisables etc) est de plus en plus precaire, et donc sans etre ni politises, ni survivialistes, il est prudent pour eux de developper leur autonomie pour reduire leurs besoin en revenus "monetaires" en cas d'ejection economique.
Le survivialiste lucide est souvent un dissident qui s'ignore, ou il alterne souvent les points de vue.
Qu'on regarde l'effondrement inevitable du ponzi de la dette mondiale, l'epuisement des energies fossiles, la destruction acceleree des terres arables par le labour et la chimie, le travail de sape des societes ethniquement et culturellement homogenes, on voit poindre un vaste big bang, un effondrement global qui pourra ouvrir la voie a un gouvernement mondial totalitaire, banissant le cash, et vu l'impreparation donc le desespoir de 99 % de la population, pourra imposer le pucage generalise des humains, (si tu veux manger...) ce que St Jean a qui il a ete donne de voir le futur appelait "la marque de la bete" sans laquelle aucun humain ne pourra ni acheter ni vendre.
Face a cela, seuls les survivialistes / autonomistes / dissidents auront la possibilite de rester a l'ecart, donc libres et lucides, mais d'ore et deja on voit poindre des tentatives du systeme de rendre impossible toute secession interieure ; c'est la "taxe Monsanto" dans l'abjecte UE qui oblige les paysans a payer une redevance meme si ils reutilisent les semences de leurs ancetres, ce sont les impots locaux sur les maisons et terrains qui, non delocalisables, sont de plus en plus taxes, avec tout un tas de services associes plus ou moins discutables mais obligatoires qui font qu'on est obliges de gagner des signes monetaires pour les payer, donc cela complique la sortie du systeme au moins actuel.
Ceci dit, ca c'est quand nous sommes 1 %, si un jour nous sommes 5 % et en periode troublee nous aurons un pouvoir de dissuasion, la grosse difficulte etant, comme l'a bien note (de memoire) Michel Drac dans une autre interview (il n'est pas pour rien l'editeur de l'ami Piero a qui il a prete une plume pour nous ouvrir les yeux,...) d'une maniere generale les humains ne sont pas enclins a se preparer a une crise, on a essaye de mobiliser mais ce n'est pas la mentalite generale... et personnellement je le vis souvent, les gens voient les tendances de leurs petite vie se prolonger indefiniment sans accrocs, donc atteindre les 5 %, meme avec les dissidents et autres pieces rapportees, ca ne sera pas de la tarte...
Pour moi la priorite absolue (pour pouvoir agreger davantage de personnes en cas de troubles) est de produire en systeme autarcique et sans apports exterieurs ou mecanisation un maximum de nourriture pouvant se conserver correctement, pour l'instant le plus prometteur (resultats rapides sur un espace limite et demandant peu de transformation) me semble etre la vigne resistante aux agressions et differents tubercules,... allah bouffe ;-)

Nicolas

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