Pour en finir avec le « survivalisme » nomade

Pour en finir avec le « survivalisme » nomade




Dans le billet intitulé « Pour en finir avec le "survivalisme" primitiviste », nous nous étions penchés sur l'irréalisme pratique du mode de vie anticipé des « survivalistes primitivistes », c'est à dire ceux qui veulent revenir à un mode de vie primitif en cas de coup dur, qui suppose un mode de vie type Âge de Pierre. Il visait aussi les évacuateurs précoces qui s'imaginent que la forêt sera le refuge parfait et idéal pour toute situation d'urgence qu'ils pourraient rencontrer.

Nous avions établi qu'une humanité vivant en nomade et possédant un niveau technologique assez peu développé ne peut soutenir une grande population tout en requérant de très vastes territoires pour assurer la subsistance de nos néo-primitifs. Qui plus est, historiquement parlant, ces nomades sont loin des préoccupations écologiques et au contraire extraient de leur environnement tout ce qu'ils peuvent jusqu'à épuisement de la ressource alimentaire, avant de se déplacer dans une autre région pour recommencer la même dévastation.

Nous avons aussi mentionné qu'avant l'arrivée des européens, sédentaires et agriculteurs, le Québec pouvait soutenir environ 75,000 amérindiens, nombre qui n'a pas énormément varié pendant des millénaires. Disons-le carrément: ils vivaient à l'Âge de Pierre, en 1534-35, à l'arrivée de Jacques Cartier.

Deux cent ans après l'établissement de Champlain à Québec, nous étions 250,000 blancs occupant une infime fraction du territoire, tout le reste était disponible. 

Trois cent ans après Champlain, nous étions deux millions.

Quatre cent ans après, c'est plus de huit millions de personnes qui vivent sur le territoire québécois.

Cette multiplication a tout à voir avec la sédentarité, la maîtrise de l'agriculture, le développement technologique et scientifique, en particulier dans le domaine de l'énergie car pas d'énergie, pas de technologie. Cette multiplication, c'est l’œuvre du mode de vie sédentaire.

Cette fois-ci je vais creuser davantage pour examiner le sous-jacent, terriblement important et déterminant lorsqu'une idée devient idéologie ou dogme.

Primitivistes, évacuateurs précoces, bushcrafters et adeptes de la survie


Tous ont un point en commun: ils prétendent pouvoir se passer d'une préparation matérielle conséquente (réserves d'aliments, de matériel et d'eau, renonciation à l'agriculture et à l'élevage comme activité principale donc à l'outillage requis) et ont tous la même destination: la forêt.

J'ai déjà amplement parlé de la forêt dans beaucoup de mes billets et je crois avoir démontré plusieurs fois et sous différents aspects en quoi cette idée est mauvaise.

Incendie, surexploitation des ressources, abattage massif d'arbres inutilement, agressions, affrontements, contamination des sources d'eau, maladies, mortalité, sont notamment mais pas exclusivement ce qui menacent directement les réfugiés sylvestres, y compris ceux qui sont adeptes de la survie, du bushcraft et du mode de vie primitif. Que ce soit temporairement ou de manière permanente afin de (re)devenir de « bons sauvages », la forêt n'est pas la panacée.

Ce mode de vie est aussi dangereux à d'autres titres.

Par moins 20 degrés, sans nourriture et sans animal d'élevage à abattre, la tentation sera forte d'aller taper dans l'élevage de la famille sise à 6 ou 7 km du campement. Il est très connu que les peuples nomades ont toujours cherché à voler le travail des peuples sédentaires, vus avec raison comme étant plus riches car produisant de la richesse et accumulant des biens, en premier lieu de la nourriture.

C'est ainsi qu'il s'est toujours développé une grande méfiance envers les nomades, on le voit encore de nos jours avec les Roms qui font l'unanimité contre eux; même chez les gauchistes qui à leur contact continuent de protester de leur ouverture à la diversité avant de dire « mais là, c'est plus possible ».

La fameuse forêt


N'y voyez pas de contradiction par rapport à mon propos habituel mais il est fondé de dire que la forêt a toujours été un refuge pour les populations menacées.

Lors des raids et invasions viking des VIIIe et IXe siècles, les paysans qui le pouvaient se réfugiaient dans les places fortes, les autres dans leurs forêts avec leurs bêtes. Pas trois ans, pas cinq ans, quelques jours le temps que les armées passent, quelques semaines le temps que le siège cesse. Idem durant la Guerre de Cent Ans et en fait, à chaque invasion, presque sans exception.

Durant la Deuxième Guerre Mondiale (qui devrait s'appeler la Troisième, la première étant la Guerre de Sept Ans et la seconde la Première Guerre Mondiale), on a vu apparaître de nombreux maquis vivant dans les forêts à l'intérieur des zones occupées par les Allemands.

Ah ah! Voilà la preuve qu'on peut vivre/survivre vivre en forêt, s'exclameront les bushcrafters, primo-survivalistes, évacuateurs précoces et adeptes de la survie! Nenni.

Tous les maquis étaient approvisionnés par les populations locales ou s'approvisionnaient par prédation des ressources locales ou encore par prises de guerre contre l'envahisseur. On ne parle donc pas d'autonomie; on parle en fait de comportement typique des nomades, la razzia.

Il n'existe pas d'exemple de vie permanente en forêt qui ne se caractérise par le nomadisme et par un très faible niveau technologique.

Si votre modèle et votre refuge est la forêt, la vie du bon sauvage de Rousseau risque de vous décevoir car vous ne deviendrez ni bons, ni plus écolo, ni plus vertueux, surtout si vos modèles d'inspiration sont les Premières Nations d'Amérique ou encore nos lointains ancêtres nomades européens: tous mangeaient de la chair humaine. Quel raffinement civilisationnel.

Je ne dis pas que ceux qui se prétendent survivalistes et qui se préparent à vivre en nomades primitifs vont se mettre à boulotter leur voisin, loin de là. J'affirme en revanche que ce mode de vie correspond grosso modo à un modèle social et culturel particulier, lequel admet et permet des choses que nous, blancs européens, avons en horreur. C'est là le bout du chemin du primitivisme.

Le nomadisme et la dépendance technologique


Pourquoi les peuples vivant en forêt n'ont jamais développé de technologie?

La réponse semble simpliste mais quand on y réfléchit un peu, on la trouve tout à fait fondée.

Ces peuples ne développaient pas de technologie parce qu'ils n'en avaient pas le loisir, pas la capacité et pas le besoin.

Entendons-nous bien: les amérindiens ont délaissés les javelots et les arcs quand ils ont mis la main sur des fusils à pierre, outil infiniment supérieur pour faire la guerre et surtout pour la chasse.

Le fusil à pierre est issu d'un millénaire de développement technologique, qui a commencé avec l'invention du feu grégeois au VIIe siècle.

Feu grégeois embarqué, servant à incendier les nefs ennemies

Pour maîtriser cette technologie, il faut posséder des connaissances poussées en chimie, en minage, en métallurgie, en pneumatique et en balistique.

Il faut aussi posséder des bases industrielles et scientifiques solides mais avant toute chose, on doit avoir la capacité de concevoir un objet qui n'existe pas et qui pourrait accomplir des tâches qui jusqu'ici n'ont jamais été réalisées ou qui possède des capacités bien supérieures à ce qui existait avant.

Alors si les amérindiens (je parle de ceux qui vivaient dans l'actuel territoire canadien et américain) étaient heureux de mettre la main sur des mousquets, ils n'avaient en revanche ni les connaissances, ni les bases scientifiques et technologiques, ni la capacité de conceptualiser une arme à feu à partir de ce qu'ils connaissaient. Ils ne pouvaient pas s'imaginer, avant d'en voir un, qu'un bâton creux en acier pouvait projeter une bille de plomb à très grande vélocité et avec une précision aussi élevée; parce qu'ils ne connaissaient pas l'acier, pas le plomb, pas la poudre noire, bref, rien de ce qui rend possible la conception et la réalisation d'un fusil à silex.

Et pourquoi ne connaissaient-ils pas tout cela? Pas par incapacité fondamentale: il y a de nos jours des amérindiens qui sont armuriers, métallurgistes, ingénieurs, chimistes. Ils ne connaissaient pas cela tout simplement parce que leur société — d'un niveau technologique Âge de Pierre — ne possédait même pas les rudiments de ces domaines technologiques et leur société ne permettait pas le développement des connaissances ni le développement de la pensée technologique — cette idée d'améliorer ou d'inventer des objets ou des procédés pour faire plus — parce qu'elle ne disposait ni des institutions qui dispensent le savoir, les écoles ni même le loisir de cultiver le savoir.

La vie des peuplades amérindiennes nomades était centrée autour de la survie, de la collecte de la nourriture et du traitement rudimentaire pour la conserver. Il ne restait de temps que pour les palabres autour d'un feu et les travaux d'art rudimentaire qui servaient aussi des fins religieuses ou sociales.

Voilà ce qu'implique la vie en forêt quand on est nomade.

Nos « survivalistes » qui envisagent la forêt et la vie primitive comme étant la panacée se préparent à une régression qui durera de trois à cinq générations, si tant est qu'ils s'en tirent car les amérindiens, eux, apprenaient la vie en forêt dès la naissance et les ainés étaient les dépositaires du savoir ancestral. Nos nomades contemporaines n'auront pas cette chance.

On ne peut pas avoir le beurre, l'argent du beurre, le sourire de la crémière et les faveurs de sa sœur. Un choix entraîne son lot de possibilités et que ces possibilités. Celui de la forêt rend impossible la transmission de la connaissance et de la civilisation dans laquelle nous vivons.

Quand on vit en amérindien nomade pré-colombien, on devient un amérindien nomade pré-colombien mais sans l'encadrement de la tribu.

Le nomadisme et l'immédiateté


En l'absence de technologie, il est impossible aux nomades de fabriquer des contenants permettant la conservation longue des aliments non-secs. Ils sont donc condamnés à manger ce qui est disponible et uniquement ce qui est disponible au moment où ça l'est.

Les Amérindiens du Québec nous ont initié à la sève d'érable, une eau légèrement sucrée et rafraichissante.

Ce sont cependant les Français qui en ont fait du sirop, de la tire, du sucre et du beurre d'érable car eux connaissaient les procédés d'ébullition et de réduction des liquides et surtout disposaient des équipement et des installations nécessaires. Les amérindiens n'ont jamais eu l'idée de faire du sirop d'érable car ils ne connaissaient pas le sirop.

Le nomade vit dans l'immédiateté. Bien sûr, avec nos connaissances contemporaines les futurs nomades auront plus de cordes à leur arc mais néanmoins, pas accès à beaucoup de techniques car leur mode de vie ne le permettra pas et aussi parce qu'ils doivent rester légers puisqu'ils doivent changer de territoire à chaque année.

Le nomadisme et les conflits


Au nomadisme est associé la tribalité, une condition sine qua non, ce qui est en soi une excellente chose et qui nous fait défaut à nous, occidentaux, envahis par des tribaux alors que nous ne le sommes plus. Dans une société non-tribale sédentaire, les tribaux ont l'avantage.

Bien que le processus de formation d'une tribu repose sur des générations, sur l'union de clans qui demandent aussi au moins deux ou trois générations à se former, des valeurs de solidarité très bien établies et très rigoureuses, il est à parier que nos nomades contemporains en puissance se proclameront « tribu » ou « clan » dès qu'ils seront une douzaine réunis dans une forêt après une énorme perturbation... Dire une chose ne rend pas la chose réelle.

Mais au delà de ces illusions que chacun est libre d'entretenir ou non, il demeure que l'Histoire nous enseigne que les nomades pratiquaient beaucoup le pillage, le vol, l'enlèvement, la mise en esclavage et la razzia, parfois même le génocide en ce qui concerne les Iroquois. Cela faisait partie de la concurrence pour l'acquisition et la conservation des ressources car, rappelons-le, les nomades ont besoin d'énormément de territoire pour survivre et ont accès à une infime partie de ses ressources pour se nourrir: la plus grande partie des ressources alimentaires potentielles, la terre, est négligée et n'est utilisée que dans un cadre de cueillette (sauf pour les Iroquoiens qui étaient semi-nomades et qui restaient quelques années au même endroit, grâce à la culture des Trois Sœurs. Ne maitrisant pas l'agriculture, ils épuisaient les sols assez rapidement et devaient s'établir ailleurs.

En Afrique on a vu jusqu'au XXe siècle — et même encore de nos jours à plus petite échelle — la pratique du rezzou, c'est à dire le pillage des agriculteurs noirs par les nomades maghrébins armés. À rapprocher aussi de la piraterie qui sévit encore au XXIe siècle.

Le monde nomade est en incessant conflit interne au monde nomade, entre tribus pour la protection du territoire, et externe avec le monde sédentaire, ceux dont ils convoitent les richesses et les aliments.

Les guerres ne sont pas l'apanage des nomades. Toutefois une guerre est un événement assez grave et nécessite une grande préparation chez les sédentaires. Son coût humain et économique est si élevé qu'on n'en déclare pas une pour le plaisir.

Chez les nomades, les guerres sont aussi courantes, ni plus ni moins mais elles sont généralement précédées par des escarmouches, elles-mêmes précédées d'incidents de vol, d'exactions, d'agressions. Le monde nomade nommait ses hommes des guerriers, ce n'est pas pour rien...


« Oui mais moi... »


Chacun s'imagine être meilleur que les autres et je n'échappe probablement pas à cette règle, bien que je sois quand même d'un naturel très critique de ce que je sais ou crois savoir, de ce que je sais faire ou crois savoir faire.

Ainsi les évacuateurs précoces croient que leur approche du survivalisme est la meilleure car elle est passe-partout. Pour un refuge temporaire, le temps de quelques jours voire quelques semaines, la forêt convient, certes, à condition d'emporter ou de disposer de nourriture et d'eau propre et que la météo soit clémente.

Et qu'il n'y ait pas trop de gens qui ont eu la même « bonne » idée.

Et qu'il ne fasse pas trop sec pour ne pas incendier la forêt avec les multiples feux de cuisson.

Et que ce soit la bonne saison pour trouver des aliments.

Et qu'il y ait des sources d'eau propre dans laquelle les gens n'iront pas pisser et chier parce ils ont toujours fait leurs besoins dans l'eau d'une cuvette remplie d'eau et qu'ils ne voient aucune raison au monde pourquoi ils devraient aussi changer cette habitude.

Si c'est une solution envisagée comme étant possiblement permanente, mes amis, vous vous aveuglez.

Néanmoins, il y en aura de rares qui réussiront à pouvoir vivre à l'année longue en forêt mais ce faisant, ils s'excluront de notre civilisation et perdront peu à peu les acquis pour se rapprocher peu à peu de ces bons « hommes sauvages » (expression utilisée sans aucun sens péjoratif) si mythifiés à partir du  XVIe siècle.

Croyances erronées des bushcrafters et des « primitivistes »


J'ai parlé de quatre catégories de nomades: primitivistes, évacuateurs précoces, bushcrafters et adeptes de la survie.

Les nostalgiques d'un Âge d'Or « perdu »


Les primitivistes, ou primo-survivalistes ainsi que les bushcrafters relèvent d'une approche similaire au niveau technique ainsi que dans la considération élevée qu'ils entretiennent, qui pour le mode de vie primitif, qui pour le mode de vie des amérindiens (Q.I. moyen de 87) ou des bushmen d'Australie (Q.I. moyen de 54), qui représentent pour une eux une sorte de grâce perdue et à retrouver.


Il faut souligner que bien peu des adeptes du mode de vie primitif et du bushcraft mènent une vie conforme à ce qu'ils professent ou véhiculent, à savoir vivre 100% du temps en mode primitif ou bushcraft.

Bien sûr, si un mode de vie n'est pas éprouvé pendant une très longue période de temps et ne couvre pas tous les aspects de la vie, il ne pourra être qu'idéal puisqu'on ne pourra pas en mesurer les lacunes et les faiblesses. Les bushcrafters et primitivistes de week-end ou même de vacances ne peuvent juste pas affirmer que ce mode de vie les sauvera, d'autant plus que s'ils ont un pépin, la saleté de civilisation n'est jamais loin avec ses antibiotiques, des endoscopes, ses scalpels et son savoir médical avancé.

Mais ce mode de vie a été éprouvé dans le passé: 75,000 habitants pour l'ensemble du Québec; c'est tout ce que le million six cent soixante mille km2 de notre territoire permettait de soutenir...

Il existe une sorte de constante chez les adeptes de ces deux disciplines: une sorte de nostalgie d'un Âge d'Or dans lequel les êtres humains étaient moralement supérieurs. Après tout, ne dit-on pas que les amérindiens et toutes les communautés primitives du passé étaient les premiers écologistes?

Voici ce qu'en dit Jared Diamond dans « Le troisième chimpanzé : Essai sur l’évolution et l’avenir de l’animal humain » (Gallimard 2000):

« Au regard de cette idée très répandue d’un âge d’or, certaines découvertes récentes en archéologie et en paléontologie ont constitué de véritables surprises. Il est clair, à présent, que les sociétés préindustrielles ont exterminé des espèces, détruit des biotopes et sapé les bases de leur propre existence au long de milliers d’années. Certains des exemples les mieux établis concernent les Polynésiens et les Amérindiens, ces peuples les plus souvent cités comme des parangons de l’écologie. Il va sans dire que cette nouvelle vision est vivement contestée, non seulement dans les cercles académiques, mais aussi à Hawaï, en Nouvelle-Zélande et dans les autres aires où vivent d’importantes minorités polynésiennes ou amérindiennes. Comment en effet penser ensemble toutes les preuves attestant par ailleurs que les peuples préindustriels modernes s’attachent réellement à préserver les espèces et les milieux naturels ? »

(...)

« Comment, dès lors, concilier les récentes découvertes sur les catastrophes écologiques du passé, qui obligent à conclure que l’âge d’or souvent invoqué par les écologistes est vraisemblablement un mythe (assurément toutes les espèces n’ont pas été exterminées, et tous les milieux naturels n’ont pas été détruits, de sorte que les désastres du passé n’ont pas eu un caractère total), avec la conservation des espèces observée chez de très nombreux peuples préindustriels d’aujourd’hui ? »

J'ajouterais aux propos de Monsieur Diamond que rapidement, la traite des fourrure en Nouvelle-France a forcés les amérindiens à aller de plus en plus loin de leurs zones habituelles car ils surchassaient tellement les espèces qu'ils n'en trouvaient plus suffisamment dans les environs. Et c'est documenté, évidemment.

Et à ceux qui m'accuseraient de racisme anti-amérindien, je précise que l'homme Blanc n'a par ailleurs pas fait mieux au néolithique avec son entreprise de déforestation du contient européen. Il est question de nomades ici: un nomade qui vit en nomade aura les attributs, les réflexes, les besoins et les pratiques du nomade.

Mais il demeure une chose: la première civilisation humaine qui s'est préoccupée de préserver la Nature, c'est la civilisation blanche européenne du XIXe siècle. Certains précurseurs — sans le savoir — comme Monseigneur de Laval, ont eu ce souci: il a établi une plantation d'arbres avec règle perpétuelle de couper un quarantième de la plantation à chaque année, en rotation annuelle. Cette plantation est encore exploitée de nos jours.





L'écologie n'a pas été inventée à Kinshasa ou à Stadaconé ou à Beijing. 

Toutefois, disons-le clairement: il est théoriquement possible de survivre en étant adepte du primo-survivalisme et du bushcraft à condition de passer à travers du choc initial qui verra tous les préparés et les non-préparés aller en forêt pour chasser et le long des cours d'eau pour pêcher, en cas de catastrophe qui bouleversera les fondements de nos sociétés. Si cette ruée vers les ressources animales, aquatiques et végétales ne tarit pas durablement ces ressources, et je crois qu'elle détruira la plus grande part de la vie animale, alors oui, une infime partie des primitivistes et des bushcrafters pourront survivre. Ils ne transmettront pas notre savoir et notre culture, ils ne maintiendront pas les connaissances scientifiques et technologiques mais ils pourront survivre et redevenir des « hommes sauvages » avec à terme une population d'environ 75,000 personnes sur l'ensemble du territoire québécois et probablement guère plus de 100,000 individus pour le territoire français, plus fertile certes mais plus petit.

C'est cher payer et c'est une injure aux sacrifices de nos ancêtres. 

C'est le mode de vie qui le veut, malgré toutes les volontés du monde. Ah! le cas des Roms... Les Roms sont des nomades qui parasitent les ressources des sédentaires dans le cadre d'une société d'abondance et d'État-Providence. On ne verra pas de Roms dans des pays qui en rendent pas le parasitage possible, ça vous pouvez en être certains.

Les évacuateurs précoces


Vous le savez désormais, ce sont ceux qui fuient vers la forêt à la moindre alerte car ils ne se sont pas donnés les moyens de pouvoir se maintenir sur place.

Attention: je ne parle pas des gens qui ont un lieu préparé sécuritaire ou qui vont rejoindre de la famille dans un autre lieu. 

Tout ce que je peux vous conseiller, si vous êtes des évacuateurs précoces, c'est d'apprendre le bushcraft ou le mode de vie primitif, vous en aurez bien besoin... Ou alors, vous rendre à l'évidence et comprendre que oui, parfois, évacuer est la chose la plus intelligente à faire mais le bug in est la plupart du temps la solution qui procure le plus de chances de survie.

Les adeptes de la survie


Ce sont probablement les moins bien outillés pour durer en forêt. Rappelons que la survie a été enseignée d'abord aux pilotes d'avions militaires et aux militaires en général pour leur permettre de se maintenir en vie en zone ennemie en attendant d'être exfiltrés. L'élargissement de la survie à d'autres métiers et comme loisir ne change pas la nature temporaire de la pratique.

En effet les techniques de survie servent à se maintenir en vie pendant une période de temps relativement courte (de quelques heures à quelques jours). Là encore, je leur suggère la même chose qu'aux évacuateurs précoces.

Idéologie, quand tu nous tiens...


Toutes ces approches sauf peut-être la survie ont un fond idéologique et romantique bien identifiable. C'est une combinaison de rousseauisme et d'idéalisation des civilisations primitives, une aspiration à revenir à la « pureté » originelle et à repartir à neuf sur des bases saines. 

C'est une forme, en quelque sorte, de mystique ainsi qu'un choix moral de délaisser notre civilisation (qui n'a pas commencé en 2017 et qui n'a pas toujours été obnubilée par l'informatique). 

D'un point de vue survivaliste, il m'apparait manifeste qu'en terme de capacité à passer à travers des difficultés conjoncturelles et structurelles, ce n'est pas le meilleur choix possible et c'est un euphémisme que de le dire.

Supposons un conflit d'envergure non-nucléaire au Moyen-Orient. Le pétrole se fera plus rare et cher mais il ne cessera pas de couler complètement. Néanmoins, il y aura diminution de la qualité de vie en commençant par la nourriture disponible qui dépend énormément du pétrole pour le travail de la terre et les engrais.

Tous les adeptes des quatre approches dont je parle dans ce billet devront, dans ces conditions et en vertu de leur propre logique, quitter leurs maisons et leurs appartements pour aller se réfugier en forêt.

Qu'y trouveront-ils? D'abord des braconniers, mais aussi les chasseurs (285,000 adeptes au Québec, plus les braconniers qui font des carnages) ainsi que les adeptes du tir sportif qui auront faim et qui s'imaginent qu'avec une arme en main ils peuvent chasser. Puis tous les petits wizz romantiques qui croient qu'ils ont l'idée du siècle. La ressource animale sera très sollicitée et deviendra en peu de temps très rare.

Il y aura beaucoup de glanage de fagots et d'abattage d'arbres dans les forêt car de nombreuses cheminées seront à nouveau sollicitées dans les maisons qui en sont équipées, d'où une pression supplémentaire sur l'habitat de nos nouveaux primitifs. Ceux-ci développeront d'ailleurs très rapidement un sentiment de propriété et une impression d'être spoliés et la violence sera inévitable, peu importe qui la commencera. Déjà en période de chasse on voit beaucoup d'intimidation près des caches et dans les territoires réservés, avec tirs de semonce et même agression physique et les supermarchés sont pleins, imaginez...

Il y aura forcément des pressions sur les producteurs agricoles et probablement des vols de cheptel ou de cultures. Par contre la raréfaction du pétrole entraînera du même coup un besoin accru de main d’œuvre, une main d’œuvre qui aura intérêt à ce que les cultures et les animaux ne soient pas volés pour pouvoir continuer à manger l'année suivante; ces fermes seront alors bien défendues et gare aux intrus.

Aussi, si vous tenez réellement à devenir des primitifs ou des nomades, ayez au moins la jugeote de vous donner les possibilités de choisir et de vous maintenir sur place. Développez votre préparation « sédentaire » suffisamment et ne considérez le nomadisme et le « primitivisme » que comme une position de repli, une solution au cas où vos plans survivalistes ont échoués. Là, vous aurez fait un choix intelligent.

Pour les aveugles à toute autre chose que leur idéologie rousseauiste, ça promet...


Merci à:
FG
Julien
J.
Dan Sullivan
Ainsi qu'aux autres tipeurs et donateurs.
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Commentaires

Marc Desmeuzes a dit…
Bien d'accord avec toi Vic !!! Le contraire m'aurait étonné lol
Lire le texte et écouter la vidéo.

C'est clair le nomadisme n'est pas du survivalisme !
ça peut l'être un temps court si par exemple une bombe tombe sur notre maison. Mais aucune chance dans le temps.

Oui, j'ai lu le Blog de Bernard Lugan, grand spécialiste de l'Afrique, qui explique qu'il faut osé le dire, en Afrique il y a une démographie galopante qui empêche tout développement !

J'ajouterais que c'est vrai dans une moindre mesure dans de nombreuses parties du monde alors que des millions de terres arables (cultivables) diminuent chaque année....

On apprend toujours quelque chose avec toi Vic, et au tout début quand j'ai connu ton Blog, j'écoutais le survivaliste mais il y a aussi l'historien !!!

Bonne continuation.
Marc.



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