Pour en finir avec le « survivalisme » primitiviste

Pour en finir avec le « survivalisme » primitif 




Cela peut sembler une stérile querelle intellectuelle de « spécialistes » ou d'écoles de pensée mais l'inclusion ou non de la pratique du bushcraft et de la survie dans le survivalisme peut avoir des conséquences profondes sur les choix de préparation des nouveaux survivalistes.

Pour les gens qui s'éveillent à la nécessité de se préparer, deux grandes orientation s'offrent actuellement à eux. Il y a préparation traditionnelle ou sédentaire, qui consiste essentiellement à « bugger in » c'est-à-dire à ne pas quitter sa résidence (ou sa BAD) ou encore d'aller se réfugier dans un lieu de séjour préparé et aménagé à cet effet. Il existe aussi un autre courant, celui qui prône l'évacuation systématique en cas de perturbation notable et le refuge en forêt.

J'entends démontrer que le survivalisme d'évacuation en forêt ou que le « survivalisme » primitiviste sont des garanties d'échec.

Faisons quelques calculs.

La réalité par les chiffres


Pour beaucoup de francophones occidentaux (vivant en Europe ou en Amérique du Nord), l'Amérindien nord-américain est le summum de la sagesse, du mode de vie écologique et de la spiritualité. La question n'est pas de débattre si c'est vrai ou non, la question, c'est que ces peuples exercent une réelle attraction qui, associée à un sentiment de culpabilité totalement infondé (la France Coloniale d'Ancien Régime a été exemplaire avec les Amérindiens — sauf du temps de Cartier — et s'est installée sur permission des Nations concernées.

Il est donc normal que des survivalistes axés sur l'évacuation — que j'ai surnommé « les évacuateurs précoces » utilisent le mode de vie amérindien, réel ou fantasmé, comme modèle de survivalisme. Beaucoup se développeront dans le bushcraft en prévision d'une évacuation à long terme dans la forêt, en cas de coup dur. Après tout, le bushcraft correspond à une technologie existant à l'Âge de Pierre, tout à fait comparable au niveau technologique des Amérindiens pré-colombiens. 

Sauf que... la vie n'était pas facile, la mortalité très élevée et les ressources disponibles considérablement différentes de celles qui le seraient aujourd'hui.

En excluant les survivalistes sédentaire qui ne sont qu'une infime fraction de la population française, supposons que toute la population devait évacuer les villes et choisirait, par réflexe atavique en ancestral, de se réfugier en forêt. Quel portrait aurions-nous?

France Continentale vers 2015



Québec vers 2015



Côte Est Nord-Américaine vers 1535


  • Population amérindienne totale: de 300,000 à 500,000 personnes.
  • Population amérindienne sur le territoire québécois: environ 75,000 personnes (estimation forte).
  • Forêts non-boréales au Québec: 12,1% du territoire soit 201,000 km2.
  • Densité de population en ne comptant que les forêts non-boréales: 0,37 personne par km2 de forêt non-boréale, une personne par 2,680,000 m2 soit une zone de 1637 m. x 1637 m. par personne.

En d'autres termes, ni les québécois de 2017, encore moins les français de 2017, ne pourraient vivre à l'amérindienne s'ils devaient tous se réfugier en forêt. Dans le cas de la France, la faune locale serait éteinte en moins d'une semaine et dans le cas du Québec, en moins d'un mois.

Note: selon l'historien Jean-Claude Dupuis, vers 1608 les Premières Nations n'étaient plus que 25,000, décimés par les maladies amenées involontairement par les colons européens, installés au sud.

Les amérindiens, malgré l'immense territoire à leur disposition, ne pouvaient être plus nombreux car ils avaient besoin d'immenses territoires de par leur mode de vie de cueillette, jusqu'à épuisement, des ressources animales et végétales. 

Déduction logique


Si on vit en nomade, sur un territoire comme le Québec, on peut sans crainte de se tromper, affirmer qu'à terme nous aurons une population qui oscillera entre 60,000 et 90,000 personnes. La cueillette des ressources alimentaires animales et végétales soutien très peu de personnes au km2. La logique est la même pour le territoire de la France Métropolitaine.

Maintenant, dites-moi: croyez-vous toujours que c'est une bonne idée de compter sur la forêt, sur le bushcraft et sur les techniques de survie pour sauver votre peau en cas de perturbation globale?

Mais en plus


Le mode de vie nomade — ou peu importe le qualificatif pompeux ou le nom valorisant que vous lui donnez — ne permet pas le stockage de la Connaissance, il ne permet que la transmission de la mémoire, avec les imprécisions que ça suppose. Pas de livres, pas d'enregistrements audios, pas de photos, même pas d'outils de mesure fiables, pas d'établissements permanents, pas de transformation poussée des ressources, pas de stockage conséquent et bien évidemment renonciation à toute technologie nécessitant des moyens de sédentaires.

Toujours en reprenant nos frères des Premières Nations en exemple, des nomades que tout le monde connait ou croit connaître: s'il nous faut qualifier leur niveau de développement, nous devons parler d'Âge de Pierre.

La préparation et le développement de l'autonomie sont incompatibles avec l'improvisation que représente le mode de vie nomade directement inspiré de l'Âge de Pierre et l'immense dépendance en la disponibilité changeante des ressources d'une année à l'autre. Par exemple, tous les chasseurs sérieux savent que le nombre de lièvres obéit à un cycle de 8 ou 9 ans, qui fait passer leur population de quelques individus introuvables à une surabondance telle qu'ils se mettent en ligne pour se faire tirer par les chasseurs. Bon j'exagère mais vous comprenez l'allégorie.

Qui plus est, ceux qui voient dans le mode de vie « primitif » une solution à leurs difficultés à trouver et joindre un « clan » de survivalistes, se préparent à passer de Charybde en Scylla car le mode de vie nomade n'est possible et viable qu'au sein d'une collectivité.

Ainsi les « évacuateurs précoces » (ceux dont l'unique préparation est l'évacuation, peu importe le problème qui se présente) sont des nomades en puissance. S'ils sont avisés, ils auront développé leurs habiletés en survie et en bushcraft, cela ne fera pas réduire la pression sur la ressource alimentaire de la faune et de la flore causée par la surabondance de bons citoyens qui croient que la forêt est décidément un bon refuge mais au moins ils auront un avantage temporaire sur les autres.

La cruelle vérité


Il ne faut pas se le cacher: il n'y a pas d'alternative à une approche conventionnelle de la préparation, celle des survivaliste ou des preppers, peu importe le nom que vous leur donnez.

Nous, dans les pays francophones, nous sommes désavantagés par rapport aux USA. En effet, chez eux, une grande quantité de gens appartiennent à des congrégations religieuses tissées serrées, très intégrées et ces congrégations forment des groupes naturels de gens qui se voient, se fréquentent, partagent la même foi et la même vision des choses. Eux, peuvent former des communautés tout naturellement.

Aussi, le modèle US du « clan » est inapplicable dans nos pays. C'est là qu'il faut faire preuve d'innovation et de risques car ce sont les groupes de gens préparés qui assureront le mieux la survie des survivalistes, pas les familles isolées bien que préparées.

Merci à:
FG
J.
Dan Sullivan
Ainsi qu'aux autres tipeurs et donateurs.



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