De l'usage survivaliste des médias

 De l'usage survivaliste des médias



Ah ces bons vieux merdias.

Rappelons pour une ènième fois la succulente définition qu'a fait Alain Soral du journaliste: « un journaliste, c'est soit une pute, soit un chômeur »,

C'est une définition iconoclaste mais qui a le mérite de faire ressortir l'essence du statut du journaliste inféodé à sa salle de presse, elle-même inféodée au président-éditeur et lui-même inféodé au(x) propriétaire(s).

Vous aurez remarqué avec les années que jamais, par exemple, le journal La Presse n'a recommandé de voter pour un mouvement indépendantiste et jamais il ne le fera tant que la famille Desmarais sera derrière ce média.

Derrière chaque média se trouve un propriétaire, donc des intérêts financiers et surtout, socio-politiques. Les médias, contrairement à l'opinion courante du bon peuple, ne servent pas à informer mais surtout à former, diriger et influencer l'opinion.

Il sera surtout question des médias mainstream dans ce billet. Les médias dits "alternatifs", les "vrais", les "faux", les "amateurs", les "militants" ne seront pas traités ici. Toutefois les principes énoncés s'appliquent à eux de la même manière.

Intégrité personnelle des journalistes


À partir du moment où un journaliste bosse pour un média, à temps complet ou à la pige, il se trouve à s'inféoder à une politique éditoriale ouvertement déclarée mais dont les contours sont parfois flous et vagues. Quand les limites sont claires, les journalistes savent comment agir et ceux qui sont intègres trouveront le moyen de passer l'information indirectement. Quand ces limites sont imprécises ou encore que ça touche à un tabou non-dit, les journalistes auront tendance à se censurer de crainte de dépasser les bornes.

L'intégrité personnelle du journaliste fera la différence entre un journaliste qui prend des risques avec ses patrons ou la journalope béni oui-oui.

Dans tous les cas, nous l'aurons compris, l'information n'est généralement pas libre. Au niveau du fait divers, c'est à dire des événements qui n'affectent pas l'interprétation du monde des gens, il n'y a pas d'enjeux. Au niveau de la politique internationale par contre, là, les journalistes marchent sur des œufs et ils le savent bien. Ça c'est pour ceux qui sont malgré tout intègres.

Il y a les autres, ceux qui bossent pour plusieurs Maîtres, les services de renseignement notamment mais aussi les groupes de pression ou les intérêts communautaires (ex. les sayanims et d'autres) ou idéologiques (ex. les boursiers Cecil Rhodes et d'autres).

Info de média = point de départ


Un média, c'est une sorte de radar d'événements pour nous, les "profanes" à éduquer et à orienter, c'est à dire le public.

Imaginez une pierre jetée dans l'eau. Il y a le point d'impact puis l'onde de choc qui se propage tant qu'elle n'est pas bloquée par un obstacle. Plus on se situe loin du point d'impact, plus l'onde s'atténue et se dissipe. Dans le monde des médias, la distance physique et psychologique entre l'événement et l'information une fois qu'elle atteint le cerveau du public, c'est l'équivalent de cette onde de choc. Plus elle sera de lointaine origine (tant par la distance que psychologiquement), plus on (i.e. le média)  pourra l'amplifier (en introduisant de la distorsion, volontairement ou non) et l'interpréter (en lui donnant un sens servant les intérêts du média ou des influences qui le contrôlent).



C'est ainsi que des événements graves peuvent survenir ou être provoqués sans que les responsables réels ne puissent être mis en cause, pas plus que la nature réelle de ces événements ni les objectifs poursuivis par leurs auteurs. Songeons aux très célèbres incidents du Golfe du Tonkin, le casus bellum US qui a permis de vendre la guerre du Viet-Nam aux américains.

Les médias servent à relayer les événements et à fournir une "interprétation conforme" de ces événements ou si la chose est trop flagrante, à donner la parole à ceux qui feront la "bonne" interprétation.

Dans tous les cas, en Occident, les médias sont rarement des adversaires des régimes, sauf si le régime est contraire aux intérêts des grands possédants, comme au Vénézuela sous Hugo Chavez et sous son successeur, par exemple.

En général ils peuvent faire la lutte à un gouvernement mais jamais ne cautionneront des attaques contre le système politique car pouvoir politique et pouvoir médiatique sont les deux facettes de la même pièce dans une démocratie représentative, sauf si le système politique écarte les propriétaires des médias des centres de décisions.

Dès lors on peut être certain que si un média parle de quelque chose c'est qu'il se passe, la plupart du temps, réellement quelque chose: c'est l'onde qui se propage sur l'eau. La question est de savoir ce qu'il se passe réellement. Il est possible qu'il se passe quelque chose d'important sans que ça ne soit rapporté remarquez... Ce serait très risqué pour un système médiatique de faire silence sur un fait important mais ça s'est déjà vu.

En définitive, les médias sont un bon point de départ à titre de "détecteur d'événement", en tenant compte des limitations inhérentes de ce détecteur.




Méthodologie de l'information


Nous sommes choyés par l'existence d'Internet. Dépotoir Immonde ou Bibliothèque Magistrale, Internet ne vaut que les efforts qu'on y met pour trouver de l'information. Donc, l'information, la vraie, elle est là, toujours, maintenant. La question c'est de savoir la reconnaître à travers tout le bruit qui l'accompagne habituellement.

C'est là que la méthodologie joue un rôle critique. La méthodologie historique convient parfaitement en ce qu'elle a été développée justement pour faire "parler" des documents. Rappelons que la base de l'histoire c'est l'écrit, toutes les sortes d'écrits, du reçu de livraison de 1865 jusqu'à la chronique rigoureuse des événements tenue par un frater anonyme d'un monastère médiéval, en passant par les textes législatif, les journaux, les livres parfois, les journaux de débats, et j'en passe une multitude. Aux écrits s'ajoutent parfois les monuments qui indiquent toujours le narratif du moment de leur érection, les stèles, les plaques, l'architecture, les bâtiments publics et privés, les objets du quotidien, etc.

En gros, cette méthode sert à établir la crédibilité d'une source d'information à partir de sa critique (critique interne, externe, provenance et destination). À cela s'ajoute les informations complémentaires, la mise en contexte, la détection et l'analyse d'autres informations de prime abord peu reliées au sujet étudié mais qui peuvent révéler des relations étroites*.

*Par exemple: qu'ont en commun les mouvements LGBT, les révolutions, la décolonisation, les printemps colorés dans plusieurs pays, le féminisme, les idéologies de niche comme le végétalisme et tous les "ismes" qui regroupent de petits pourcentages de la population? Leur point commun, c'est leur organisation et leur financement, via des fondations notamment. Quand on gratte ces fondations on remonte une pyramide où on finit par retrouver les mêmes noms tout en haut. Se pencher sur l'un de ces phénomènes et faire abstraction du climat, de l'environnement et des points d'origines idéologique, financier et organisationnel d'un mouvement, c'est s'aveugler et forcément manquer l'aspect subversif du phénomène.

Du point de départ au point d'arrivée


Le point de départ, c'est l'information communiquée, écrite ou électronique (audio, vidéo). Dès que la surface de l'eau est troublée par une onde, on sait qu'on a quelque chose. Avec la méthodologie adéquate et l'expérience on peut en arriver à déterminer de quoi il s'agit

Le point d'arrivée, c'est l'interprétation qu'on fait de l'information en soi, son analyse, sa mise en relation et les conclusions qu'on en tire.

Quand je cite une information dans mon blogue, l'écrasante majorité du temps j'ai fait tout ce travail. Oh, je ne passe pas des heures et des heures pour chaque article cité. Il se trouve que j'ai une connaissance d'office, pour reprendre un terme juridique, de beaucoup de ces sujets. Ça fait plus de vingt ans que j'ai Internet et plus de trente ans que j'ai entamé mon premier baccalauréat (la licence pour les Européens) et il se trouve que c'était un baccalauréat spécialisé en Histoire, donc en histoire axé sur la recherche et non en histoire axé sur l'enseignement. Ça laisse des marques méthodologiques. Mon second diplôme en Droit m'a aussi laissé des marques méthodologiques, notamment sur les relations de cause à effet, la notion de preuve et bien d'autres aspects.

À travers toutes ces années j'ai donc pu m'enrichir l'esprit d'un tas de sujets sur lesquels je n'ai plus à faire toute la recherche.

Néanmoins, personne n'est parfait et les risques d'erreur sont élevés. Il m'arrive toutefois d'en commettre, généralement sur des questions de détails qui n'affectent pas le sujet principal traité.

Piège de l'analyse


L'analyse contient un énorme danger. Ce danger, c'est celui de tellement restreindre le champ de notre regard qu'on perde le sens général de ce qu'on observe, qu'on le détache de son environnement et de ce fait, qu'on le coupe de toutes les interactions qui sont souvent plus importantes à la compréhension que l'objet de notre attention. Quand on regarde l'arbre de près, on ne voit plus la forêt.

C'est là qu'entre en jeu la synthèse qui permet de replacer un petit morceau de puzzle à l'intérieur d'un contexte infiniment plus grand. L'analyse sans synthèse vaut peu de chose, en fait on peut lui faire dire n'importe quoi.

C'est ma méthodologie


Quand j'écris "c'est ma méthodologie", ça ne veut pas dire que j'ai une méthode à moi, inventée par mes soins, exclusive et infiniment supérieure à toutes les autres. Non, "c'est ma méthodologie", ça veut dire simplement que je conforme en tous points à l'orthodoxie en matière de méthodologie, que je l'ai fait mienne car l'orthodoxie méthodologique fonctionne infiniment mieux que tout le reste.

Alors vous comprenez à quel point je rigole quand un individu m'attaque sur un point de détail qui ne change absolument rien à l'ensemble. Dans son esprit, montrer une inexactitude ou une erreur ou même une simple imprécision suffit à invalider tout le reste. Si on fait l'analogie avec un bâtiment, ce genre d'individu ne fait qu'érafler la peinture sur les murs et ne touche pas au plus important qui permet à l'édifice de se tenir debout: sa structure. Attention: je ne considère pas que toutes les remarques sur des points de détail sont des attaques, loin s'en faut, j'apprécie au contraire la précision.

Encore plus marrants sont les gens qui d'un côté cherchent de la visibilité dans les médias mainstream et qui de l'autre reprochent aux gens l'usage de ces mêmes médias. J'en ai eu encore un récemment qui n'a pas apprécié que je ne dise pas que du bien de son organisation et qui, entre deux injures et deux menaces, m'a annoncé vouloir annoncer mon "incohérence" sur la place publique, à savoir que je dénonce les médias mais que je les utilise quand même.
Bien sûr que je les utilise! Comme détecteur d'événements. Ensuite, je fais le boulot de recherche de sources, validation, critiques, analyses, synthèse et après tout cela, je tire mes conclusions.

Le fait est que l'utilisation des médias est essentielle mais pas comme ces médias voudraient qu'on les emploie. Loin d'être la vérité écrite, les médias sont toutefois d'excellents détecteurs. Considérés comme tels, ils sont utiles.

Alors oui on peut très valablement cracher sur les merdias pour leur mensonge global qu'est leur prétention d'informer. Cela n'enlève pas leur utilité réelle: faire le balayage des événements et lever le drapeau quand quelque chose se produit.

Il est de notre responsabilité individuelle de vérifier l'information à laquelle on veut accorder du crédit.

Le contrôle du narratif


Le narratif, c'est l'histoire qu'on aimerait bien que tous les gens partagent et acceptent.

Les médias sont des producteurs de narratif. Il convient donc de ne jamais accepter prima facie leur narratif parce qu'ils ont un intérêt dans la chose.

D'un autre côté, les sujets de l'information des médias, gens ou organisations, ont aussi leur narratif qu'ils veulent mettre de l'avant.

Quand les intérêts convergent entre médias et sujets, tout ce beau monde est satisfait. Quand le narratif médiatique fait mal paraître le sujet de l'information ou simplement n'est pas conforme à ce que lui décide, on a un conflit de sens.

Pour cette raison, il existe depuis bien longtemps des agences de relations publiques qui aident à créer un narratif rapportable par les médias et à composer un narratif acceptable.

Mais il est une chose: qui veut utiliser les médias pour mousser sa cause, son organisation, ses affaires, doit réaliser qu'il renonce par avance à contrôler le narratif. L'individu propose, le journaliste dispose. C'est pour cette raison que j'ai décidé un jour de ne plus parler aux journalistes mainstream parce que je n'acceptais pas que leur narratif serve d'autres fins que la stricte information du public et que mon narratif soit détourné de son sens premier.

Qui veut faire affaire avec les médias doit donc préparer ses relations avec eux. Si ces gens avancent des choses, qu'ils les prouvent. S'ils réfutent des choses, qu'ils apportent des preuves. Les journalistes ont aussi un égo et n'aiment pas être manipulés et s'ils le sont leur réaction est terrible. Après tout, ce sont eux qui contrôlent l'information, par les sujets!

Ce qu'il y a à retenir, c'est que lorsque quelqu'un décide de se servir des médias, il décide de leur remettre le contrôle du narratif, ni plus ni moins, pour le meilleur et pour le pire.

Applications en survivalisme


Le manichéisme qui consisterait à penser que tout les médias mainstream mentent tout le temps et tous les médias alternatifs disent toujours la vérité est aussi crétin que l'inverse.

Quand on connait la nature fondamentale des médias et quand on sait que malgré tous leurs attributs ils savent détecter un événement, on est en présence d'un outil d'information utilisable. Pas utilisable comme les médias le souhaitent, pas valable, pas fiable mais néanmoins utilisable.

C'est à nous à analyser les contenus qui nous intéressent, à en faire la critique, à trouver des sources différentes et variées afin de confirmer (sans oublier de remonter les sources afin de s'assurer qu'il y a au moins deux points d'origine différents et indépendants de la même nouvelle) et enfin à replacer cet événement dans le contexte plus large, en se demandant la fameuse question "qui bono?" ou en français, à qui l'événement profite? Qui bénéficie de la situation? Cela sert quels intérêts?

Tout cela demande énormément de temps.

Ceux qui ne disposent pas de ce temps peuvent au moins utiliser l'aspect détection mais ils devront aussi renoncer au sens, tant celui que les médias nous fournissent si gracieusement que celui que nous serions tentés de donner sans mise en contexte de l'information.

Alors continuons à condamner les merdias et continuons à les consulter, ils peuvent être utiles, pour peu qu'on les utilisent dans leur aspect fiable: la détection d'événements.

Merci à:
FG
J.
Dan Sullivan
Ainsi qu'aux autres tipeurs et donateurs.




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Commentaires

Marc Desmeuzes a dit…
Une fois de plus bien d'accord avec toi Vic. Personnellement, sans prétention aucune je suis passionné depuis l'âge de raison d'information de politique française, internationale, géopolitique, etc ..., etc ... comme tout est plus ou moins lié on est amené à se passionner pour des infos qui ne vous intéressaient pas forcément au début. Mon 1er souvenir c'était la mort de Pompidou dans la soirée : j'avais entendu mes parents en parler. Sur le plan international c'était la révolution iranienne en 79 et l'entrée de l'armée soviétique en Afghanistan le 25 décembre 1979. Et à l'époque nous n'avions que la radio car la captation des images télé dans notre coin, pourtant en région parisienne, ne passaient pas. Il fallait avoir une immense antenne en direction de la Tour Eiffel. Et puis voilà je ne vais pas raconté ma vie. J'ai fait aussi de longues études en philosophie et autres.
J'ai souvent entendu dire que le pouvoir c'est l'information et je dois dire que je suis d'accord avec cela. Après on en fait ce qu'on veut, mais c'est essentiel.
Pour ce qui est des journalistes des grands médias, il y a bien sûr beaucoup de propagande, mais aussi une absence de culture flagrante et une certaine fainéantise où des infos ne sont mêmes pas vérifiées ! Je prends pour exemple, il y a quelques mois, une dépêche AFP annonce la mort d'un grand patron (Martin Bouygues je crois me souvenir) eh bien TOUS les grands médias ont repris l'information jusqu'à ce que lui-même ou son entourage disent qu'il était bien vivant et même pas malade ... Tout le monde en a rigolé, mais c'est significatif d'une légèreté de "grands journalistes" qui ne vérifient rien. ça venait de l'AFP, donc c'est vrai... Eh bien non, il y a eu un concours de circonstances qui a fait que l'AFP a mal compris quelque chose et n'a surtout pas pris la peine de vérifier l'information. Et après c'est à celui qui annonce le scoop le plus vite... Cette fois-là cela a fait le buzz et l'AFP et tous ceux qui avaient relayés l'info ce sont excusés.
Mais combien d'autres fois cela arrive ?
Alors vérifions et avec internet on a quand même plus de possibilités maintenant de vérifier les choses.
Par exemple, le 11 septembre 2001, c'est grâce à internet que j'ai pu comprendre que la version officielle était fausse. Et à l'époque je me passionnais pour cette histoire incroyable qui a constitué un tournant de la politique américaine et pour cause ....

Soyons vigilants ! Amicalement. Marc.
Daniel. S a dit…
Bonjour Vic, Marc

J'avais mon frère qui travaillait à la Nouvelle-Orléans quand ils ont subit L'ouragan Katrina. Les médias nous faisaient parvenir des images apocalyptiques et de pillages. Les infos qu'ils nous renvoyaient été celle d'un monde violent, cette perception du monde est faussée, la majeur partie des gens s'entraidaient mais montrer l'image de gens qui s'aide n'est pas vendeur.
Il faut faire vivre dans la crainte.

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