Survivalisme en zone de conflit

La guerre en Ukraine ravive la crainte d'un affrontement entre l'OTAN et la Russie.

Cet affrontement qui déploierait probablement la plus grande puissance de feu jamais vue par l'être humain, mettrait à feu et à sang la planète entière car il est quasi certain qu'on utilisera l'arme Atomique.

Qui plus est, cette perspective ramène à notre mémoire prophéties de Jugement Dernier, d'Apocalypse ou d'Affrontement Final, qu'elles soient d'origines chrétiennes, musulmanes ou même juives. La majorité des commentateurs sur le sujet sont en plus persuadés que c'est pour notre époque.

Pour le moment, l'OTAN (les USA) semblent faire monter le ton et la tension alors que de son côté la Russie semble vouloir calmer le jeu.

Des accusations mensongères liées à la présence de troupes russes sont proférées par la Junte de Kiev et reprises par quelques généraux US alors que les services de renseignements allemands et français affirment quant à eux le contraire, à savoir que l'armée russe n'est pas présente en Ukraine.

[Entre vous et moi, je crois qu'on peut s'entendre pour dire que si l'Armée Russe intervenait, il suffirait de quelques jours pour que le drapeau russe flotte sur la Rada à Kiev.]

Ce qui est certain, c'est que le conflit en Ukraine a fait plus de 5000 morts, que le moral des troupes ukrainiennes n'est pas très élevé, pas plus que leur combativité, l'exact inverse de la situation chez les novorossiens.  Encore plus certain: les centaines de milliers de civils qui doivent vivre sous les bombes, l'occupation de troupes amies ou hostiles, les privations et l'incertitude quant à demain.

Quoiqu'il en soit, un conflit de basse à moyenne intensité comme celui qu'on constate en Ukraine produit des effets certains voire catastrophiques sur les populations civiles. Beaucoup de gens qui sont mort dans cette guerre sont des civils et tous sont affectés à divers niveaux par les combats et leurs conséquences sur les approvisionnements.

Quoi faire en cas de conflit de basse à moyenne intensité

Les conflits de basse ou de moyenne intensité font parties des hypothèses que nous envisageons lorsque vient le temps de planifier notre préparation.

On peut y penser rapidement et passer par dessus ou au contraire y accorder une place importante.

Quoiqu'il en soit les survivalistes équilibrés auront envisagé le scénario d'un conflit, même si au moment de développer leur plan survivaliste, les probabilités qu'il survienne étaient faibles.

Il n'y a pas beaucoup de choses à changer dans de tels préparatifs mais le peu à adapter est critique et sera déterminant quant aux chances de survie.

Voici quelques éléments à considérer.

Sortir d'une zone appréhendée de combats ou d'occupation

Voilà enfin un cas où l'évacuation est justifiée et recommandée!

Les conflits ne naissent pas du jour au lendemain. Ils se préparent, on voit la tension monter, et un jour ils éclatent en "guerre chaude".

Cela laisse toujours un certain temps où des préparatifs actifs peuvent être réalisés. Le plus important est évidemment de trouver un point de chute où on sera à l'abri, où on pourra vivre et gagner sa vie (c'est à dire pourvoir aux besoins de sa famille).

C'est le moment de déménager les biens meubles qu'on veut conserver et de liquider les biens meubles dont on veut se passer ainsi que les immeubles qu'on possède dans la zone de conflit.

Le liquide obtenu devra être converti en métaux précieux, en monnaie forte et partiellement en devise locale. La devise d'un pays qui connait la guerre voit toujours son pouvoir d'achat diminué par dévaluation, et/ou inflation/hyperinflation. C'est une constante. La devise forte sera prisée sur le marché noir voire même dans les commerces réguliers et l'or, l'or prend beaucoup de pouvoir d'achat quand tout manque.

Je sais que beaucoup de survivalistes jettent un regard dédaigneux sur les métaux précieux, alléguant avec raison que ça ne se mange pas. Une hache non plus ne se mange pas et personne n'aurait l'idée de s'en passer.

L'Histoire démontre que quand tout est dégradé, l'or est toujours, toujours accepté, désiré et recherché.

Si on n'a pas pu quitter la zone avant les combats

Alors il faut prendre des mesures de mitigation.

Évacuer? Il est souvent trop tard: les routes sont remplies de checkpoints de soldats parfois désœuvrés et nerveux, si tant est que les civils soient autorisés à évacuer.

Prendre les bois, c'est risquer de tomber sur une patrouille qui ouvrira le feu sans sommation car une fuite en évitant des checkpoints est fatalement hostile ou criminelle.

Quant à rester, alors il faut impérativement aménager notre habitat pour l'adapter aux circonstances. 

Logement

  • Trouver un logement avec accès au sol et qui ne soit pas d'importance tactique pour des belligérants. 
L'importance tactique peut prendre différentes formes: sur une rue principale avec vue sur l'ensemble, un immeuble élevé, une maison isolée entre deux villages ou deux routes, une hauteur, etc.

  • Prendre entente avec des gens dans un autre lieu pour s'y réfugier si des combats se déroulent dans les environs de votre logis (et être prêt à recueillir ces personnes si ce sont eux qui subissent des combats).
C'est en quelque sorte une forme de "traité" d'assistance mutuelle: ils vous recueillent et vous les recueillez.

    • Aménager une pièce renforcée pour se protéger des explosions et des éclats. 
    Vous ne pourrez pas vous protéger de tout à moins de posséder un bunker et encore. Toutefois, une cave à plafond renforcé peut vous sauver la vie, sous la maison voire même dans la cour arrière.
    Dans les régions qui connaissent des hivers rigoureux, la glace est un des meilleurs matériaux pour résister aux impacts.

      • Aménager une cache pour notre matériel (nourriture, armes et munitions,  objets précieux, eau). 
      En effet il arrive souvent que la soldatesque fouille les maisons pour y trouver des armes, qui seront saisies, et de la nourriture, qui sera confisquée et accumulée en entrepôts.
      En prenant les moyens de dissimuler tout ce qui peut être saisi, on diminue nos risques de pertes.

        • Aménager enfin une cachette pour les membres facilement ciblés de notre famille, c'est à dire spécifiquement les femmes et les filles.
        La cachette pour les gens est primordiale. Parfois, en plus des armes et des vivres, les soldats cherchent des femmes et des filles... 
        « La population civile féminine a été régulièrement victime de violences sexuelles. Des prisonniers de guerre britanniques en ont témoigné après leur retour dans la zone occupée britannique de l'Allemagne : « Dans le secteur autour de notre camp d'internement, […], des soldats soviétiques violaient, au cours des premières semaines après la conquête, chaque femme et chaque fille entre 12 et 60 ans. […] Des pères et des maris, qui voulaient les protéger, ont été tués, et des filles qui montraient beaucoup de résistance ont également été assassinées. Source
        Et cela ne se borne pas aux soldats "ennemis" mais concerne aussi les soldats "amis"...
        « Selon l'historien américain J Robert Lilly, il y aurait eu 3 500 viols commis par des soldats américains en France entre juin 1944 et la fin de la guerre. Le nombre de viols est difficile à établir car de nombreuses victimes de viol ne rapportèrent jamais les faits auprès de la police. Les troupes américaines engagées ont commis 208 viols et une trentaine de meurtres dans le département de la Manche. Pour le seul mois de juin 1944, en Normandie, 175 soldats américains seront accusés de viols »  Source

        Inutile d'élaborer là dessus.


        Comportement: ostentatoire!

        On devra afficher un dénuement manifeste. 

        • Ceux qui comme moi portent trop de kilos devront en perdre pour ne pas éveiller de soupçons sur des réserves alimentaires cachées. Nul besoin de devenir émacié mais prendre ou maintenir du poids quand tout le monde en perd, c'est louche...

        • Simulez la recherche de nourriture, vendez des objets sans importance sur la place publique, n'entretenez pas votre propriété comme avant, portez de vieux vêtements. 

        • Si vous tombez malade et que vous avez des médicaments pour vous soigner, ne vous montrez pas: les gens verraient que vous prenez du mieux rapidement. Restez chez vous le temps de la guérison et au delà et quand vous vous montrerez, ayez l'air faible.

        • Mesdames, ne vous maquillez plus progressivement, au même rythme d'épuisement du maquillage des femmes de votre environnement. Le maquillage est un luxe et qui peut se payer du luxe peut se payer de la nourriture. 

        • Idem pour les désodorisants: quand les gens commencent à sentir la transpiration, faites comme eux.

        • Si vous devez afficher moins de dénuement par la force des choses, comme par exemple vous devez absolument vous déplacer en voiture alors que le carburant est rare et cher, tentez de trouver une activité qui justifie l'usage de votre véhicule et votre capacité de payer ce carburant et autant que possible, servez de taxi payant dans vos déplacements. Les gens ne questionneront pas vos entrées d'argent puisque vous en demandez pour véhiculer les gens.

        • Partagez rapidement et complètement vos connaissance sur le DIY, Do It Yourself, ("faites-le vous-même"). Si cela contribue à améliorer les conditions de vie de vos voisins, ils seront moins démunis donc moins enclins à chercher à s'approprier vos biens. De plus, cela justifiera les avantages que vous avez sur les autres, avantages que vous vous serez officiellement donnés pendant la crise alors qu'en fait vous les aurez stockés et préparés préalablement. On pense notamment aux éoliennes artisanales mais aussi aux potagers et à l'art de les rendre productifs.
        Comportement: prudent et avisé
        • Si vous devez sortir, sortez en groupes: groupes de voisins, groupes de membre de votre famille élargie.

        • Mesdames, restez à la maison et gardez-y vos enfants... Messieurs, ne quittez votre domicile que sous grande nécessité. Dans les temps désespérés, les gens deviennent désespérés et des femmes ou des filles seules dans la rue sont des cibles tentantes.

        • Si votre secteur est régulièrement visité par des pillards, organisez des gardes, des patrouilles, même sans armes à feu apparentes (voir plus bas) et des checkpoints avec les gens des environs.

        • Si quelqu'un de votre voisinage représente un danger, organisez son expulsion mais veillez auparavant à vous assurer qu'il n'est pas appuyé par une bande ou un groupe.

        En résumé, il ne faut pas se distinguer des autres de crainte d'attirer l'attention de vos voisins sur vos ressources ou encore de faire naître des rumeurs sur les sources de vos avantages. Dans ces temps où tout le monde est à l'affut, posséder suscite des jalousies et en vertu de cela, un sourire à l'occupant peut faire rapidement de nous un collabo qui sera lynché quand le conflit sera terminé.

        Il faut avoir l'air comme tout le monde en prenant soin toutefois de ne pas s'exposer autant que tout le monde.

        Il est dangereux d'exercer un leadership direct mais en même temps, si vous êtes le seul survivaliste du voisinage, vous devrez "former" les gens autour de vous en enseignant ce que vous savez. Il serait avisé de trouver un leader naturel que vous conseillerez discrètement.

        La sécurité

        Alors qu'en survivalisme on prône en général une prise en main totale de sa sécurité et de celle de sa famille par le biais de moyens dissuasifs et de moyens de défense, quand des forces armées, régulières ou irrégulières, occupent un territoire il convient plutôt de ne jamais apparaître comme une menace.

        En zone de conflit, le Droit, la Justice, la Moralité ne tiennent plus. Seule compte la Loi du plus fort.

        Les soldats qui reviennent de combat ne sont plus des gens normaux en situation normale. Ils ont perdu un ami, ils ont failli périr, ils ont été mal dirigés ou au contraire ont triomphé des ennemis mais au prix d'un carnage traumatisant aussi les vainqueurs. 

        Ils manquent de sommeil, sont mal nourris, ont vécu des chocs, sont parfois sous l'effet de substance intoxicantes pour supporter les épreuves ou pour oublier. Ces soldats, de ces faits, n'ont plus les mêmes repères de moralité qu'avant; leur notion de bien et de mal peut avoir considérablement changée, les inhibitions qui retiennent chacun d'entre nous de commettre des actes anti-sociaux ou criminels n'opèrent plus. 

        Ces soldats sont des bombes à retardement et quand j'écris ça, ce n'est pas un jugement moral que je porte sur eux, c'est une description. N'importe quel groupe d'humains mis dans les mêmes conditions qu'eux se comporterait comme eux car n'oublions pas qu'ils ne sont pas que des soldats mais aussi des êtres humains qui ont des limites quant à ce qu'ils peuvent supporter sans en être psychologiquement affectés. 


        Visages de soldats avant, pendant et après la guerre...


        Revenons à nos moutons. Si des soldats d'une unité sont abattus ou même simplement mis en joue par un civil qui défendait sa femme et ses filles contre un viol collectif, cette légitime défense sera quant à elle perçue par le commandant de ces soldats comme une rébellion armée. 

        La dernière chose à souhaiter pour un commandant de secteur militaire, ce sont des civils qui se donnent le droit d'interférer avec ses opérations et qui constituent un "ennemi" à l'intérieur de ses lignes. Ces "rebelles" seront donc éliminés et leurs familles en paieront le prix en représailles, comme il est coutumier dans certains pays...

        Alors que dans des situations dégradées il est recommandé voire obligatoire (par la force des choses) d'assurer sa sécurité par tous les moyens possible, quand on se trouve en zone de conflit, faire la même chose relève du suicide. Ce ne sera pas un soldat que vous tuerez ou menacerez, ce sera une armée entière que vous agresserez. Vous n'avez que des armes légères et vous ne vous battez qu'en deux dimensions, eux disposent d'armements lourds, de très longue portée et peuvent porter la destruction par des moyens utilisant la troisième dimension (l'aviation)... Le tout sans risquer un seul homme.

        La meilleure sécurité dans ces conditions, c'est de ne pas susciter de violence, d'envie ou de prétextes.

        Si on ne trouve rien à voler chez vous, on ne volera pas. 

        Si on ne trouve personne à violer chez vous, on ne violera pas. 

        Si on n'interfère pas, on ne subira pas d'interférence inutile de la part des belligérants, sauf leurs nécessités tactiques évidemment, qu'on ne peut contrôler. 

        Tout cela cependant ne fait que réduire les risques, cela ne les élimine pas. 

        Soyons en conscient: ayons l'air inoffensif...

        Résistance armée

        Il y a des cas cependant où la résistance armée est non seulement justifiée mais souhaitable et obligatoire.

        C'est le cas où une population meurt à petit feu, est persécutée systématiquement ou est menacée d'extermination ou d'exactions terribles et systématiques ou encore est victime de châtiments collectifs. Dans ces conditions, puisqu'on finira par mourir, autant mourir en tentant de se libérer...

        Dans ce cas toutefois on quitte le domaine du survivalisme et je ne m'étendrai donc pas sur le sujet.

        Paradigme de la vie sous contrôle

        On l'entend souvent dire: "arrêtez de vous plaindre des autres et prenez votre vie en main". Ou encore l'autre variante à la mode: "on a les gouvernants qu'on mérite", "vous êtes 100% responsable de votre vie et de ce qui vous arrive", "c'est vous qui avez voté pour x, y, z; assumez vos choix", le reste à l'avenant.

        Cette mystique aux racines tant néolibérales que New Age est mensongère dans son fondement.

        Quand une bombe tombe sur notre maison, on ne l'a pas voulu. Quand l'économie se porte si mal que les entreprises ferment, le chômage augmente et les gens n'ont plus d'argent, il est difficile de gagner un salaire ou de maintenir une entreprise, encore moins d'en démarrer une.

        Parfois, souvent même, on subît des aléas économiques, politiques ou géopolitiques. On ne les veut pas, on ne les choisit pas mais ils sont là et s'imposent à nous.

        Notre responsabilité en revanche c'est d'anticiper ces aléas, de composer avec eux et de naviguer à travers les écueils tout en étant conscient que malgré la meilleure volonté du monde, il se peut qu'on s'échoue et qu'on coule.

        Le survivalisme comme démarche et comme état d'esprit nous permet d'envisager ces événements ou ces états de faits et de nous y préparer. Cela ne nous met pas à l'abri des manœuvres des Puissants comme la spéculation bancaire sur les aliments ou les événements de portée géostratégique qui ont été planifiés et déployés en Ukraine. 

        Il faut le savoir mais en même temps, un homme averti en vaut deux...


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        Commentaires

        Anonyme a dit…
        bonjour, vous avez remis en perspectives des questions dont les réponses m étaient parues évidentes.
        ma maison étant sur un sommet me paraissait une bonne chose en cas de guerre....cet article est précieux en enseignement, merci beaucoup.
        Vic Survivaliste a dit…
        En général une maison sur une hauteur c'est bien question sécurité, moins bien si on doit faire monter du matériel ou de l'eau à main par contre!

        En situation de conflit, c'est la poisse.

        Rien n'est absolument parfait pour toutes les situations, on fait comme on peut. Personnellement mon choix serait quand même une maison en hauteur pour plusieurs raisons dont la sécurité et la progression ralentie d'assaillants mais j'estime peu probable des combats au Québec. Je vivrais dans le Donbass que je ferais un autre choix! :)
        Marc Desmeuzes a dit…
        Très intéressant article et vidéo : cela correspond en gros à ce que je pensais. D'une certaine façon je pense qu'il faut tout faire pour ne pas se faire remarquer, surtout si l'on est responsable d'une famille ou d'une communauté. Après et même avant tout ! pour un croyant comme je suis il y a la prière qui est aussi un puissant moyen. Salut l'ami !
        Marc Desmeuzes a dit…
        Vic, si c'est possible quelle pièces d'or me conseillerais-tu ?
        En France on parle toujours du Napoléon, mais il y a peut-être plus judicieux ?
        Bonne semaine à tous !
        Vic Survivaliste a dit…
        Je ne te donnerai pas de poisson Marc mais je vais t'enseigner à pêcher.

        http://preparationquebec.blogspot.ca/2013/09/savoir-choisir-ses-metaux-precieux.html

        http://preparationquebec.blogspot.ca/2011/06/les-metaux-precieux.html

        http://preparationquebec.blogspot.ca/2011/05/largent-papier-ou-metal-et-lor.html
        Marc Desmeuzes a dit…
        Merci Vic pour cette jolie formule et son utilité !

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