Il y a des BAD et il y a le reste - Acquisition

Dans mon premier article sur la BAD, nous avons vu:

  • Les attributs de la BAD (résumés en 10 points)
  • À quoi sert l'habitation de la BAD
  • La production alimentaire nécessaire
  • Le besoin de production d'énergie
  • L'activité économique de la BAD
  • Et l'impossibilité conceptuelle d'une BAD qui ne nourrirait pas ses occupants.
La conclusion: une BAD ce n'est pas n'importe quoi. C'est un concept d'occupation du sol et d'autonomie qui doit servir des fins précises et entraîner des résultats précis: l'autonomie de ses habitants.

Le principal obstacle : le coût

J'ai reçu beaucoup de commentaires sur le coût d'acquisition d'une BAD, en particulier sur le fait qu'il représentait un obstacle majeur, ainsi qu'un risque énorme pour qui doit s'endetter pour en acquérir une.

C'est malheureusement vrai. Toutefois il existe des alternatives qui rendent la chose plus accessible mais attention, c'est du boulot, beaucoup de boulot. Et ce n'est ni magique, ni instantané.

La solution, c'est de partir de rien et d'édifier avec le temps, beaucoup de travail et de l'ingéniosité, une BAD qui deviendra viable, à peu de frais.

Même dans ces conditions, la propriété d'une BAD restera inaccessible à beaucoup de gens, hélas. Pour les autres par contre, ça deviendra possible.

Avertissement:
La situation économique, géographique, climatique, juridique du Québec, ma patrie, diffère de celles qu'on trouve en France, en Belgique, en Suisse, au Luxembourg en Algérie et au Maroc, où j'ai aussi beaucoup de lecteurs. Si les conditions changent selon les juridictions et le territoire, la méthode reste la même partout en revanche.

Première étape: développement des habiletés

Avoir, savoir, savoir-faire.

Avoir sans savoir-faire, c'est inutile et c'est gaspiller l'avoir. Savoir-faire sans avoir par contre ça peut se "monnayer".

À défaut d'avoir les moyens d'avoir, on se donne le savoir-faire qui lui, est gratuit ou peu couteux par rapport à une BAD. Avoir une BAD sans savoir-faire, c'est la garantie d'avoir faim, soif, froid. Avoir du savoir-faire sans BAD, c'est peut-être l'occasion de monnayer ce savoir-faire et d'être embauché, recueilli et de vivre dans de meilleures conditions que les autres qui n'ont rien.

Il y a quatre axes de base à développer. Les voici.

Culture du sol

La BAD étant une installation visant à assurer l'autonomie de ses occupants et en tout premier lieu, l'autonomie alimentaire, il convient de se former et de devenir compétent en culture du sol.

Yohan Chiasson, plus qu'un permaculteur
J'ai assisté récemment à la formation "Jardiner: plus qu'un simple jardin" de mon ami Yohan Chiasson. Outre tout ce que j'y ai appris et qui me fera probablement doubler la production de mon potager l'an prochain tout en le rendant plus durable, il m'a confirmé deux choses: 1) il est possible d'apprendre et d'obtenir rapidement des résultats et 2) même des terres peu fertiles de prime abord peuvent se transformer en quelques années en potagers bios très productifs.

En attendant d'avoir les moyens financiers pour acquérir les bases de notre BAD, on peut, on doit apprendre l'art de cultiver la terre.

À force d'acquérir des connaissances et de l'expérience, cela fera de vous des gens plus aptes à évaluer le potentiel d'une parcelle et cela vous permettra de mettre beaucoup plus rapidement en production la terre de votre future BAD.

De plus, si d'aventure les événements mondiaux vous surprenaient avant que vous n'ayez pu vous installer sur une BAD, il vous sera possible de trouver gite et couvert et sécurité auprès de gens qui possèdent la terre et qui ont besoin de gens pour la mettre en valeur.

Bricolage et construction

Ces habiletés sont tout aussi nécessaires car vous allez devoir construire votre logis (sous réserve des législation locales. Par exemple au Québec on a le droit de se construire soi-même, ce qui n'est pas le cas partout).

Il est possible de suivre des cours certes mais encore mieux, d'aller assister votre famille, vos amis et même les amis des amis, dans leurs travaux de bricolage et de construction.

Ceux qui n'en ont jamais fait réaliseront que le travail des matériaux en vue d'en faire un meuble, un mur ou une maison, n'est pas facile et demande de l'expérience.

De même, j'encourage les survivalistes qui ont des travaux à faire à lancer des corvées via les RSF afin de permettre à des néophytes de se lancer et d'apprendre.

La vie dans une BAD c'est un peu la vie dans une ferme, avec l'autonomie en plus. Qui connait un peu la vie à la ferme sait qu'il y a toujours des travaux de bricolage, de réparation et d'entretien à réaliser.

Soin des bêtes

Il y a beaucoup de végétariens et de végétaliens parmi les survivalistes. Certains le sont pour des raisons de santé, d'autres le sont pour des raisons éthiques. Néanmoins, le fumier animal, la force de travail du boeuf ou du cheval, contribuent au succès du travail de la terre. Cela c'est sans compter les œufs et le lait que nous procurent les animaux, y compris pour les végétariens. Et la viande, le cuir et tout, pour les omnivores.

Là encore, il faut savoir comment prendre soin des animaux de la ferme car l'intérêt premier du propriétaire d'animal, c'est leur santé et leur bien-être.

Une petite exploitation agricole autosuffisante ne fait pas d'élevage en batterie et n'enferme pas ses truies dans des cages d'où elles ne peuvent que manger et allaiter. Cela, ce sont des pratiques barbares et indignes de l'être humain. Il faut traiter les animaux éthiquement et avec amour, même si on va un jour leur prendre leur vie pour nous nourrir. La manière éthique de les soigner, c'est de bien connaître leurs besoins, leur rythmes et de savoir leur donner des conditions de vie agréables pour eux. Cela s'apprend, aussi.

On peut apprendre par des stages ou même tout simplement en prenant contact avec une personne qui élève correctement des animaux et en offrant son aide. Ça ne coûte rien et tout le monde y gagne.

La gestion de l'énergie

Le quatrième axe est plus délicat: celui de l'énergie.

L'énergie, c'est de la chaleur et la chaleur brûle; c'est du mouvement et le mouvement peut arracher des membres, c'est de la transformation de chaleur ou de mouvement en électricité et celle-ci peut tuer, elle aussi.

Il faut savoir que somme toute, l'énergie est très abondante. 

Il faut aussi savoir distinguer une source d'énergie d'une forme d'énergie.

Il existe toutes sortes de moyens de production d'énergie. Les éoliennes et les turbines hydrauliques mais aussi les panneaux de cellules photovoltaïques, la production sur place de méthane, de gasoil, de gaz de bois, sont des exemples parmi beaucoup d'autres. Vous pouvez aussi fabriquer du biodiesel ou de l'éthanol.

Cela nous amène à une réalité impérieuse: il faut savoir évaluer ses besoins énergétiques. Si vous chauffez au bois et que vous pouvez couper et fendre 20 cordes de bois dans une année, vous n'avez pas à vous inquiéter pour votre chauffage pendant un hiver québécois. En revanche vous devrez savoir quand même évaluer votre consommation réelle donc vos ressources. Il en va de même pour tous les autres moyens de production d'énergie.

Dans notre monde nous ne sommes pas conscient de la quantité phénoménale d'énergie que nous consommons. Il faut 5 heures et de 20 à 40 de litres de diesel pour labourer un hectare au tracteur. Chaque litre de diesel contient l'équivalent de 10 kwh! C'est la consommation de 24 heures d'une petite maison québécoise chauffée à l'électricité par grand froid l'hiver. 

Si on compare ces données avec celles d'un cheval, on n'est pas dans la même ligue: celui-ci développe en moyenne 0,730 kwh de puissance en travail continu, même s'il est capable de produire jusqu'à 10 kwh en pointe de très courte durée. Pour l'être humain c'est encore bien moins. Les cyclistes professionnels développent une puissance de 0,070 à 0,080 kwh en course de fond.

Après avoir pris connaissance de ces ordres de grandeur, on réalise mieux que l'énergie facile, qui ne durera pas éternellement, est un énorme facilitateur et que quand celle-ci ne sera plus accessible ou trop chère, nous devrons consommer de l'énergie avec parcimonie.

La question de l'énergie est au cœur de tout. Bien comprendre son importance fait partie de la préparation à la création d'une BAD, tant dans les choix énergétiques de la BAD que dans les moyens durables et concrets de l'approvisionner en énergie.

Deuxième étape: acquisition et construction

Oui une BAD coûte cher et même si on prend tous les moyens pour réduire les coûts, il faudra tout de même débourser un bon montant d'argent. Maintenant entre acheter clé en main et et ne rien acheter il y a une marge.
Les deux choses les plus importantes dans une BAD, c'est l'approvisionnement en eau potable et la surface de terre arable.
La terre elle-même
 
Les bonnes terres agricoles peuvent être chères. On se rabattra alors sur une terre non agricole, comme une terre à bois qu'on défrichera ou une terre considérée comme pas assez fertile pour être cultivée. Cette terre pourra être conditionnée et rendue fertile par du travail et il sera important de consulter un spécialiste des sols qui soit sensible à la production bio par permaculture ou par culture bio-intensive, selon l'approche que vous retiendrez. L'important est de ne pas tomber dans un mode d'agriculture industrielle où le sol n'est qu'un support qui doit être constamment amendé par des produits chimiques. 
Il est possible de transformer une surface de sable en une terre fertile, cela demande beaucoup de travail et quelques années mais le travail, lui, ne vous coûtera rien pour peu que vous fassiez les choses vous-même.

Il convient de choisir une terre avec une surface cultivable suffisante. Visez plus plutôt que juste ou moins. Si dans le Midi de la France on peut vivre avec moins de terre, dans les contrées plus froides on a besoin de plus grand et d'une partie en bois debout.

J'avais déjà calculé dans mon article intitulé 10-10-10 qu'une terre de 10 acres (4 hectares) pouvait suffire à une petite famille vivant dans un pays comme la Québec, à condition de disposer de 5 acres (2 hectares) de bois debout convenant au chauffage et que cette terre était bien en état de produire.
Toutefois pour la même famille, 15 acres valent mieux que 10 et 20 acres valent mieux que 15. Si vous pouvez vous permettre plus grand que le strict minimum, allez-y. 

Évidemment, elle doit être approvisionnée en eau propre et pas seulement pour les besoins de consommation humaine: vous devez penser à vos cultures et à vos animaux aussi.

C'est beaucoup de travail que celui de l'aménagement d'une terre. Si vous pouvez disposer d'équipement mécanique (pendant que le pétrole et les équipements sont abordables), vous faciliterez grandement votre tâche, d'où l'intérêt de se mettre à plusieurs pour l'achat d'une terre.

Les bâtiments

Les bâtiments sont la partie la plus coûteuse d'une BAD. Bien sûr on pense aux fermes modernes avec leurs immenses bâtiments mais ce n'est pas un bon modèle à suivre: ces fermes sont destinées à la production industrielle et ont des besoins que nous n'avons pas. Retournons plutôt puiser du côté de nos ancêtres.

Dans le passé, les animaux étaient élevés en extérieur avec un petit abri pour les intempéries. La vaches étaient tirées dans une petite laiterie, une ou deux vaches (ou chèvre) à la fois selon la main d’œuvre disponible.

On aura évidemment besoin d'une grange.
Les animaux de basse cour auront aussi un abri mais fermé celui-là, généralement attenant à la maison de ferme pour profiter un peu de sa chaleur l'hiver, si l'hiver est rigoureux.
Le bâtiment d'habitation doit permettre le logement confortable de la famille et une ou deux chambres d'appoint pour les gens qu'on a prévu de recueillir. Cette habitation doit permettre la vie, la préparation des repas, le conditionnement des aliments récoltés et leur entreposage au frais. Ceux qui vivent dans une région qui permet la culture du sol à l'année longue construiront un caveau. Les autres creuseront une cave, avec une chambre froide comme on en trouve dans toutes les maisons de ferme du Québec qui disposent d'une cave.

Si vous vivez au Québec ou dans un climat aussi froid et que vous avez accès à un lac ou une petite rivière qui gèle "dur" en hiver, il sera aussi avantageux de vous construire une glacière. La glace se conserve bien et longtemps dans une glacière, en fait jusqu'au cœur de l'hiver suivant si elle contient assez de glace et qu'elle est bien conçue.

Nous avons donc:

  • Un bâtiment d'habitation
  • Une grange
  • Une glacière (optionnelle)
  • Un abri pour les grands animaux
  • Un abri fermé pour les animaux de basse-cour

Il est primordial d'insister sur le fait que la réglementation doit être respectée autant pour les bâtiments habités que les bâtiments et les lieux où se trouvent les bêtes.

Le bâtiment d'habitation

C'est la partie la plus coûteuse. C'est aussi la partie où on peut économiser le plus selon les choix qu'on fait.

Il est maintenant possible en France de vivre dans une yourte. La législation a changé et permet l'installation permanente d'une yourte tenant lieu de maison. La civilisation Mongole s'est édifiée autour de la yourte alors... quand c'est bon pour minou, c'est bon pour pitou. La yourte est la solution la plus économique bien qu'elle ne conviendra qu'à une minorité de gens. Cependant, on peut commencer avec une yourte et finir avec autre chose, l'important est d'être à l'abri des intempéries.

Si on veut construire en dur, la solution la plus économique consiste à construire en ballots de paille ou en container maritime, ou les deux combinés, le container maritime fournissant l'infrastructure et les ballots de paille l'isolation. On peut aussi construire une maison en torchis pour un coût aussi bas que les deux autres solutions. Ou en pierres des champs recueillies une à une par nos soins si notre terre en contient.

L'important, c'est de 1) respecter les normes de construction des bâtiments, 2) respecter les lois et les normes environnementales, 3) trouver une technique et des matériaux avec lesquels on est à l'aise. Car tout cela sera fait par soi-même.

Yourte, container, ballots de paille, torchis, tout cela est mentionné pour indiquer qu'il existe des alternatives à la maison normale de type parpaing - montants de "2x4" - isolant à la fibre de verre - revêtement en briques et en vinyle, etc.

Est-il possible de ne construire qu'avec les matériaux qu'on trouve sur notre terre? Ça dépend des terres. Et de la réglementation en matière de bâtiment. Il faudra veiller à ce que les installations sanitaires soient aux normes pour des raisons légale mais surtout d'hygiène et de santé.

Combien ça coûte?

Pour la terre ça varie énormément mais il y a moyen, en cherchant bien, de trouver à bon prix.

Pour le bâtiment, ça peut coûter n'importe quoi entre zéro et le montant que vous pouvez imaginer. Certains pourront faire avec des matériaux récupérés ou donnés ou extraits de la propriété, en autant que le climat et la loi le permettent. 

Des containers maritimes coûtent entre 1500$ et 4000$, selon leurs tailles et leurs formats. Une maison de 30 x 40 pieds (10 x 13,5 m.) coûterait en container entre 14 et 16,000 dollars. Ces containers fournissent la charpente, les murs non isolés et un toit très robuste qui peut supporter plusieurs tonnes, par exemple en neige accumulée. Ils résisteront en principe aux séismes et aux tornades, sauf pour leurs ouvertures et sauf impact direct entre la structure et un arbre arraché et projeté à haute vitesse par les vents.

Les matériaux pour la maison en ballots de pailles coûtent moins cher. Quant au torchis, certaines terres pourraient même fournir la matière première. 

Conclusion

Tout cela est hautement théorique. Cependant: si vous ne possédez pas d'abord une terre adéquate, vous ne pourrez pas construire de BAD.

La base de tout, c'est la terre. Pas de terre, pas de bâtiments et pas de BAD.

Il vaut donc mieux s'acheter une terre et commencer à l'aménager pour la culture et en priorité, y planter des arbres fruitiers. Après la question de l'habitation pourra être envisagée. En effet, un bâtiment peut être construit en quelques semaines. En revanche un pommier, un poirier, un érable, ont besoin d'années avant la maturité et la production alimentaire.

Vous pouvez même défricher bien des années avant de vous y établir ou encore vendre une partie du bois debout, qui sera coupé par un tiers et qu'il ne restera plus qu'à désoucher, ce qui vous procure du même coup de petits revenus.

Achetez la terre, commencez à l'aménager, vous verrez ensuite.

Beaucoup de gens n'envisagent pas une BAD avec sa seule famille et ne bougent conséquemment pas avant d'avoir trouvé un groupe pour en fonder une qui soit plus ou moins collective. C'est une erreur relative.

Si vous avez au moins la capacité d'acheter la terre, n'attendez personne. Les candidats se présenteront beaucoup plus rapidement si vous avez des ressources que si vous n'en avez pas. Si vous ne trouvez pas de candidats, ne cédez pas à la panique à l'idée de vivre à deux adultes et quelques enfants dans une BAD en période de désordre, comme l'annoncent plusieurs personnes dont Rawles. Déjà les gens qui vivront dans les environs auront le même intérêt que vous à maintenir la sécurité et de ce fait vous n'êtes déjà pas tout à fait seul.

Ceux qui n'ont pas la capacité d'acheter une terre, c'est le moment de développer les contacts et les liens.

Toutes sortes de solutions existent et pour n'en citer qu'une, je vous dirige vers le site de l'ami Jean-Luc Cadiot, qui s'est développé une maison sans facture, qui vit et prône la microconsommation et qui a quelques solutions originales à proposer.

Jean-Luc n'est pas un survivaliste mais il propose beaucoup de solutions applicables au survivalisme.

Son site s'appelle "La fin de la Crise". Il a aussi participé à une émission La Libre Antenne de Meta TV en compagnie de Tepa: Des solutions de survie alternative avec Jean-Luc Cadiot



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