Il y a des BAD et il y a le reste

Il existe une certaine confusion de genre autour de l'idée de la Base Autonome Durable. Cette confusion peut conduire à des erreurs conceptuelles très importantes qui auront ultimement pour résultat l'incapacité à vivre de manière autonome et de là, l'échec de votre projet survivaliste. Ni plus ni moins.

Une BAD, c'est une base autonome durable. C'est un endroit qui possède plusieurs attributs:

  1. Lieu permanent de vie ou à tout le moins, lieu régulier de vie
  2. Dispose d'un approvisionnement indépendant en eau
  3. Est indépendant au niveau de l'énergie requise à la vie quotidienne
  4. Permet la production de nourriture (agriculture, élevage) en quantité supérieure à nos besoins
  5. Permet le stockage et le traitement de la nourriture produite
  6. Est situé dans un lieu sécuritaire
  7. N'est néanmoins pas complètement isolé (lien social)
  8. Nécessite peu d'entretien (construction durable avec systèmes passifs)
  9. Permet la production de la majorité voire de la totalité des matières premières organiques nécessaires (cuir, bois, fibres, etc.)
  10. Permet de générer une activité économique en vue du troc ou d'obtention de numéraire
Cela, c'est le portrait de la BAD idéale.

De ce portrait, on tire quelques constats évidents.

Habitation

L'habitation ne peut être petite et encore moins être une tiny house.

Ces temps-ci la mode est aux tiny house. Ce sont des habitations très petites, compactes et optimisées. Elle s'inscrivent en quelque sorte dans la mouvance de la simplicité volontaire et de la vie moins chère.

Si de telles habitations offrent de réels bénéfices en terme d'espace occupé, d'énergie dépensée et même d'entretien et de confort, en revanche elles ne sont d'aucune utilité pour le propriétaire exploitant d'une BAD.

Une BAD est une exploitation agricole qui doit permettre l'autonomie de ses occupants.

C'est à dire que cette BAD doit produire assez de nourriture ainsi que des surplus qui seront stockés pour les mauvaises années.

Le premier problème des tiny house est celui de l'espace de stockage. Il est inexistant. On ne peut y stocker plus de deux ou trois semaines de nourriture, peut-être plus si la maison minuscule a été conçue en vue du stockage.

Le second problème qui se présente, c'est celui de la capacité de traiter la nourriture pour sa conservation. Quiconque a fait des conserves pour la peine sait qu'il faut beaucoup de surface de comptoir ou de table, sans parler de la cuisinière ni de la taille des stérilisateurs ou des autoclaves.

Ensuite, vient la question des outils et des espaces de travail. À moins de construire un autre abri, la vie en tiny house nous condamne à travailler en extérieur en tout temps de même qu'à y laisser nos outils, exposés aux intempéries.

Enfin, une tiny house ne nous dispense pas d'une étable, d'une grange et de tout autre bâtiment ou installation destiné au conditionnement de nos récoltes.

J'ai pris l'exemple de la tiny house car ce type de maison est à la mode mais en fait tous les types d'habitation doivent se plier aux besoins mentionnés ci-haut.

Toutefois, là où la tiny house peut devenir intéressante c'est au titre de bâtiment d'habitation d'appoint pour de petites familles-partenaires de la BAD. Je m'explique. Il existe toutes sortes de modèles d'organisation de BAD. Dans plusieurs de ces modèles il est tout à fait concevable qu'une famille s'établisse en permanence sur une BAD et qu'elle soit le point d'ancrage de plusieurs autres familles.

Le jour où la situation le justifiera, les autres familles se rabattront sur la BAD et vivront dans ces petites maisons. Le gros des activités de production alimentaire de la BAD se faisant dans la maison de ferme principale qui deviendra du même coup une sorte de bâtiment communautaire, il n'est pas nécessaire que chaque famille dispose d'infrastructures aussi lourdes et énergivores.

Production alimentaire

Le production alimentaire est le coeur, l'activité centrale et principale de la BAD. L'autonomie alimentaire passe par la production personnelle d'aliments sains, frais, produits sur un mode bio et avec des ressources renouvelables donc sur un mode durable.

Pourquoi est-ce si fondamental? Parce que l'occupation humaine d'un territoire est conditionnelle à la capacité pour ces humains de se nourrir. Dans le cas présent, c'est la BAD qui est conceptuellement la raison d'être de cette présence humaine: un établissement humain destiné à produire de la nourriture pour les humains ainsi que les autres choses nécessaires à la vie.

Pas de terre en culture, pas de BAD. Donc les chalets à flanc de montagne sans terre cultivable et qui sont pompeusement nommés "BAD", c'est au mieux un abus de langage et au pire un erreur conceptuelle potentiellement fatale.

Ferme, Cap Tourmente, 1626
En cette époque de sur-spécialisation, il peut être tentant de ne produire qu'un seul type d'aliment et ainsi reproduire le modèle agricole industriel que nous vivons.

Si c'est le cas, nous n'avons plus affaire à une BAD mais une simple ferme. L'être humain ne se nourrit pas que d'un seul aliment.

On peut rétorquer que la production sera échangée contre d'autres aliments, ce qui est tout à fait plausible. Par contre, ce faisant on perd l'objectif d'autonomie de la BAD car on dépend d'autrui pour se nourrir.

La BAD suppose une ferme à l'ancienne, une petite exploitation de subsistance, comme celles des colons de Nouvelle-France où l'isolement, la très faible densité de population et la quasi absence d'infrastructures obligeait les gens à tout produire eux-mêmes.

La BAD produit un peu de tout: fruits et légumes, céréales, légumineuses, viande, lait, cuir (un matériau stratégique dans 20 à 30 ans), bois ou autre combustible, etc. Toute la production est conditionnée, transformée et entreposée sur place.

On produit ce qu'on consomme et on évite de consommer ce qu'on ne produit pas.

Énergie

L'énergie est la clé de tout. L'énergie c'est du mouvement, c'est du travail, c'est de la transformation et c'est ce qui rend la vie possible. Les aliments sont produits grâce à une énorme dépense d'énergie. La majorité d'icelle nous vient du soleil (chaleur + lumière nécessaire à la photosynthèse) mais elle est aussi produite par l'activité mécanique de la machinerie, des animaux et des humains.

Une BAD ne saurait porter ce nom si elle ne dispose pas de capacités minimales de production et/ou de stockage d'énergie.

On pense d'emblée aux panneaux solaires (cellules photovoltaïques) et aux batteries de stockage d'électricité. Il y a aussi le bois à brûler pour fins de chauffage mais aussi pour actionner aussi, par exemple, un groupe électrogène à vapeur. On peut produire de l'huile pour se chauffer, cuisiner ou s'éclairer.

En fait plus grandes sont les sources de production d'énergie, plus grande est la sécurité énergétique de la BAD. Là encore les installations qui offrent peu ou pas de moyens de production d'énergie peuvent difficilement être qualifiés de BAD.

Les besoins énergétiques varient considérablement selon le climat local. La terre de 15 acres (6 hectares) dont 10 (4 hectares) en bois debout est tout juste suffisante pour approvisionner durablement en bois une BAD au Québec mais en France, spécialement dans le sud, ce serait une grande abondance de bois qui ouvrirait notamment la porte à un petit commerce de bois d’œuvre ou de chauffage car les besoins énergétiques en chauffage sont bien moindres.

Mais dans tous les cas, qu'on vive dans une campagne enneigée 5 mois par année ou sur une terre qui permet la production agricole même l'hiver, la question de l'énergie demeure fondamentale et la BAD doit nous approvisionnement d'un minimum vital d'énergie.

Activité économique

La BAD est aussi un lieu d'activité économique. La seule autosuffisance est en soi une activité économique. C'est une activité économique sans échange et à somme nulle mais néanmoins une activité économique quand même.

Bien entendu comme on ne peut tout produire dans une BAD on doit s'approvisionner ailleurs. On ne peut et ne pourra jamais tout produire, surtout si la production est spécialisée ou demande des infrastructures lourdes ou couteuses.

Cependant, pour s'approvisionner, il faut une monnaie d'échange, qu'elle soit monétaire ou en nature. On doit donc pouvoir vendre ou troquer des biens contre d'autres et cela suppose une production excédentaire destinée aux échanges économiques.

Cela n'est pas possible avec un lieu d'habitation qui est conçu pour servir de refuge dans les temps difficiles.

La BAD non autosuffisante est-elle conceptuellement possible?

Par essence ou par purisme, une BAD doit rendre ses occupants autonomes. Pas d'autonomie, pas de BAD.

Peut-on envisager alors une BAD qui n'est pas entièrement agricole?

La réponse est oui. Une BAD produira toujours des aliments, cela doit être ainsi. C'est dans l'esprit d'autonomie que de produire ce qu'on mange. Par contre si les occupants de la BAD ont une formation médicale, il est évident qu'en temps de préparation comme en temps de déploiement forcé de l'autonomie, ces gens consacreront moins de temps à la culture du sol afin de soigner les gens ou fabriquer des médicaments.

Une autre BAD opérera une scierie à force hydraulique à titre d'activité principale. Certaines pourront être de petites manufactures: briques, tuiles, poterie, tannerie, cordonnerie, réparation de vélos, maçonnerie, enfin, tous les métiers utiles voire indispensables en cas d'Effondrement ou de crise majeure prolongée ou qui change l'équilibre des approvisionnements.

Produire des aliments pour vingt personnes demande beaucoup de temps. Produire pour quatre, beaucoup moins, ce qui laisse la possibilité de tenir boutique ou de produire autre chose.

La BAD est le mode de vie et d'occupation du sol pour les gens qui n'ont pas un métier praticable et en demande «post-Collapse».

Une BAD ne doit pas nécessairement nourrir quatre fois sa population ni être uniquement une unité de production agricole. Son but est de nourrir perpétuellement ses habitants si ceux-ci sont en nombre raisonnable pour les capacités de la terre et si cette dernière est exploitée de manière durable.

La production agricole à pleine capacité vise bien entendu à nourrir les occupants de la BAD mais aussi à produire des surplus échangeables contre de l'argent ou des biens (rappelez vous le point 10 tout en haut de cette page).

Donc, par définition, une BAD qui ne rend pas ses occupants autonomes n'est pas une BAD. Par contre le point 10 des attributs, "Permet de générer une activité économique en vue du troc ou d'obtention de numéraire", peut être surdimensionné par rapport aux fonctions d'autonomie alimentaire de la BAD.

Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement...

La BAD, la Base Autonome Durable, ne peut qu'être une Base permanente de vie, qui fournit l'autonomie à ses habitants et qui le fait de manière durable, c'est à dire sans épuiser les ressources locales et sans compter sur un apport extérieur pour être viable.

Exit les chalets aménagés, les tiny house, les refuges de chasse, les caravanes et autres installation plus ou moins permanentes qui ne permettent pas l'exploitation d'une terre agricole et un élevage. Une BAD est habitée, exploitée et gérée pour durer en toute autonomie.

On peut se réfugier quelque part pour un temps, le procédé est tout à fait valable, surtout si des réserves ont été préalablement constituées et que le lieu a été préparé à ces fins. Ça n'en fait toutefois pas une BAD.

Bien sûr il y a l'idéal et la réalité. Les BAD qui répondent parfaitement à tous les critères que j'ai énoncés en début d'article sont rares. Par contre beaucoup d'installations, de fermes, de maisons de campagnes disposant d'une vaste terre sont potentiellement des BAD. Car la BAD, c'est une installation physique mais c'est aussi une mentalité qui lui donne vie.

Cet article visait à travailler la mentalité, c'est maintenant aux survivalistes et prévoyants intéressés de faire le reste.


Print this post Imprimez ce billet

Commentaires

Anonyme a dit…
Bjr,

Bon resume d une BAD.
Des survivalistes auraient ils deja realise des plans types de BAD ? Maison + terrain (qui peut evidemment varier enormement en surface) ?

Merci si vous avez des liens,

Joseph
Anonyme a dit…
Il faut bien faire la différence entre une BAD et un BOL (Bug Out Location), et c'est probablement une erreur fréquente. Notre lieu de retranchement sera adéquat le temps que les réserves dures, mais imaginé 20 fois plus de chasseurs qui veulent se procurer de la viande... le gibier ne fera pas long feu!

Personnellement, la première chose que je ferai quand j'aurai un tel endroit (pour une BAD) ce sera de planter des arbres fruitiers, des noyers, des framboisiers, des plants de bleuets, etc. Ça prend du temps avant de fournir ces petites bêtes là.

- SilverWings
Vic Survivaliste a dit…
Voilà SilverWings, c'est bien dit.

LE BOL peut devenir une BAD s'il peut posséder les attributs d'une BAD mais ce n'en est pas une tant qu'il ne possède pas ces attributs.

Certains BOL ne pourront jamais devenir une BAD.

Cela ne rend pas les BOL inutiles pour les cas de troubles temporaires, les évacuations forcées pour cause de catastrophe naturelle ou humaine et tous les autres cas où on peut faire avec ses réserves.
Bob Lemoche a dit…
La BAD c'est la sédentarité, la sédentarité c'est l'agriculture, l'agriculture ne se fait pas en foret. C'est fondamental de l'avoir spécifié. On lit souvent des gens qui veulent s'enfoncer en foret pour survivre. Grand bien leur fasse mais à moins de s'appeler John Rambo, ces gens vont vite ressortir du bois pour piller leur déficit de calories... Une maison dans le fond d'un rang avec un champ derrière, un petit bois pas loin, c'est une résidence et une Bad à la fois. Quand tu vis là avec tes poules, le concept de Bad est un peu farfelu à vrai dire... Pourquoi je voudrais partir d'ici quand mon arrière/arrière grand-père y a vécu sans jamais rien manquer avec une famille de 12 enfants? Si tu vis à Montréal je peux alors comprendre le concept d'avoir un point de chute organisé quand dans la canicule d'un ilot de chaleur, les bennes à vidange ne passeront plus faute d'employés rénumérés! Vidanges=Rats=peste!!!
Camille a dit…
Bonjour Vic,

Une ressource qui n'a pas de prix, en France, ce sont les vieux. Je pense à mes grands-parents et à mon père et à tous les gens de la campagne comme eux qui vivent encore dans la maison où ils ont grandi; qui ont connu la vie rustique et paysanne, qui ont encore les outils nécessaires à une polyculture de subsistance et surtout le savoir-faire. Elle est là la ressource, elle est là la bibliothèque. L'exemple du vigneron bourguignon à l'ancienne, c'est un gars qui vit dans un hameau (et qui n'en sort que très rarement), qui élève, produit et transforme la nourriture pour sa famille et en plus qui fait de la vigne et du vin avec pour seule force, la sienne, celle de son cheval et d'un boeuf.

Il faut vraiment aller voir ces gens si on en a pas dans sa famille, se renseigner sur le mode de vie d'antan (au besoin aller dans une maison de retraite) et s'en imprégner.

Ou alors fréquenter des associations comme les Jardins de Cancale (c'est une association qui fait du maraîchage bio et qui est aussi un Centre d'Aide par le Travail). C'est à dire que sa fonction est d'accueillir des gens sans compétence manifeste pour la chose, le plus souvent en situation de handicap (mental, social...) et les éducateurs les logent, les forment et leur font produire leur nourriture ainsi que des paniers vendus aux abonnés de l'association (vente directe ou livraison à l'entreprise pour générer des revenus.

L'étude de ces structures en fonctionnement est bien utile. Je ne sais pas ce qu'un survivaliste de la ville a dans la tête quand on lui parle de BAD, mais pour moi, c'est ça.
VIEUX BROUSSARD a dit…
Bonjour,
J'ai bien aimé la vidéo 1 qui contient de très bonnes idées. Au premier rang de celles-ci je placerai ce que j'appellerai le retour à un mode de vie ancien. Pour faire court, "essayer de faire comme papa"... Car ne nous y trompons pas, le défi auquel sera confronté l'humanité sera en grande partie de revenir en arrière dans un contexte linéaire de "progrès" et ce, pour la première fois de son histoire ! Ca risque de coincer raide en de nombreux points... Je me souviens avoir traversé Ottawa vers deux heures du matin en plein hiver et sortir de Gatineau vers la 148. Bancs de neige, rues désertes... Je me rappelle avoir dit à mon épouse "imagine cette ville en cas de forte crise, plus de carburant, plus d'électricité... Les gens vont quitter la ville au bout d'une semaine, s'entretuer et piller les environs". Ne nous y trompons pas, cette génération de déconnectés des choses de la nature, formatés par un système politique nivelant par le bas, passant son temps à pianoter sur sa tablette et croyant qu'un œuf est fabriqué par une machine, qu'un poisson est un trucs carré avec un œil dans un coin.... Cette génération sera celle qui souffrira le plus et secrétera les pires violences.
J'ai vécu 10 ans au Québec et suis vite revenu sous les tropiques ! Je me marre comme une clef à molette quand j'entends parler d'autonomie et d'abonnement obligatoire à Hydro Québec ! Comme il est difficile de s'extraire à ses antécédents culturels !
J'ai communiqué un peu avec M. Piero San Giorgio et ne suis pas d’accord avec lui sur un point : à mon avis installer sa BAD en zone riche ou réputée comme telle est une erreur, ladite zone étant par définition celle suscitant le plus de convoitises, par un grand nombre de prédateurs et donc...
Je travaille actuellement sur un concept de BAD, en quantité limitée, en zone tropicale répondant aux critères évoqués dans la vidéo. Me contacter si intéressé par le concept.

Posts les plus consultés de ce blog

Mythe 5: antibiotiques et autonomie survivaliste

Boites de conserves: un choix intelligent

Débuter intelligemment en survivalisme: Attitude