Classification des réserves alimentaires

Cet article fait suite à celui sur les réserves alimentaires d'urgence.

On poursuit donc dans la nourriture.


Je perçois beaucoup d'hésitations relatives aux réserves alimentaires. Je l'attribue à la confusion entre la méthode de rotation des stocks et les autres types de réserves alimentaires.

Clarifions donc leurs natures et leurs utilités.

Mais auparavant, un mot sur l'utilité de classifier les choses.

Utilité de la classification

On peut aborder les choses de deux manières: en vrac ou avec ordre.

L'ordre, la classification, nous force à chercher et identifier ce qui distingue une chose d'une autre. Grâce aux attributs qu'on lui trouve, nous parvenons à la classer dans une catégorie qui met en valeur un des attributs qui nous intéresse.

Ainsi une pile de nourriture, une fois examinée et classifiée, devient de la nourriture périssable, de la nourriture stockable à court terme et stockable à long terme.

Nos processus mentaux sont extrêmement déterminants dans notre manière d'aborder la réalité. Or ces processus mentaux sont un mélange d'expérience, de ressentis et de raison; ils sont des filtres qui mettent de l'avant certains éléments et en dissimulent d'autres.

La classification et la démarche de recherche des attributs d'une chose sont simplement des moyens de ne pas demeurer complètement assujettis à nos filtres mentaux. Lire à ce sujet:

http://preparationquebec.blogspot.ca/2011/10/hygiene-de-lesprit.html


Revenons donc à nos moutons. 

Réserves alimentaires


Ce sont des aliments mis en réserve pour consommation immédiate ou ultérieure.

Cela signifie que dès que vous achetez ou stockez un aliment, vous constituez une réserve car cet aliment est stocké pour consommation ultérieure.

Ceci dit, on peut constituer plusieurs types de réserves alimentaires.

Voici comment je les classifie. Ce n'est pas LE modèle de classification des réserves alimentaires, c'est le modèle qui me convient le mieux et qui sert le mieux mes besoins.

Réserves alimentaires d'usage courant

Réserves alimentaires en rotation

Réserves alimentaires congelées

Réserves alimentaires d'évacuation

Réserves alimentaires d'urgence


Les types de réserves les plus connus et les plus utilisés sont évidemment les réserves alimentaires d'usage courant et les réserves alimentaires en rotation.

Les réserves alimentaires d'usage courant:

Au fond qu'est-ce que c'est? Ce sont vos emplettes de la semaine (usage courant). C'est la somme de ce que vous avez dans le frigo et le garde manger et qui sera consommé rapidement ou qui fait partie de votre consommation courante. Si vous faites des tartes deux fois par année et que vous conservez de la graisse pour faire votre pâte, je fais entrer cette graisse dans la catégorie d'usage courant parce qu'elle sert dans votre vie courante, même si c'est seulement aux six mois. Nous pourrions appeler ce type de réserve alimentaire "la nourriture de la normalité".

Apparence typique: frigo, garde-manger,

Les réserves alimentaires en rotation:

Comprennent tous les aliments que vous produisez, récoltez, cueillez et chassez ou achetez quand ils sont disponibles, que vous traiterez s'ils ne le sont pas déjà dans un état qui permet leur conservation à moyen terme, et mettrez en réserve par congélation, déshydratation, salage, lactofermentation ou conserves:  sauce bolognaise, chili con carne, maïs en grain, purée de tomate, boeuf bourguignon, jerky, saucissons, etc.


Aliments lactofermentés, très longue conservation
Pourquoi les distinguer des réserves alimentaires d'usage courant? Généralement les survivalistes et les prévoyants ne font pas la distinction entre usage courant et rotation, ce qui est une approche tout à fait valable. Je préfère les concevoir comme étant des choses à destinations distinctes parce leur durée de conservation plus élevée nous permet des possibilités supplémentaires

Donc: ces aliments ont une durée de vie allongée par la nature du conditionnement de conservation qu'ils subissent ou leur état initial mais cette durée de vie demeure quand même limitée dans le temps, deux ou trois ans en général, sauf pour les conserves du commerce qui peuvent durer beaucoup plus longtemps.

Comme le nom l'indique, on procédera à la rotation des aliments stockés en mangeant d'abord les plus âgés et en stockant les plus récents.

Ces réserves peuvent être utilisées de plusieurs manières, par exemple:
Plat en conserve à chauffer et manger
  • des familles vivent principalement sur leurs réserves alimentaires en rotation. Elles consomment quotidiennement et quasi exclusivement leurs conserves réchauffées, à longueur d'année. Elles achètent tout en gros et préparent tous leurs repas à l'avance, qu'elles mettent en conserve. Elles allèguent l'économie de temps (vrai) et la pratique du mode survie (aussi vrai). Ces familles ont facilement d'une à deux années d'autonomie.
  • des familles stockent pour deux ou trois mois de nourriture en réserve, qu'elles consommeront de temps à autre dans l'année qui suivra et elles remplaceront les réserves entamées quand l'occasion s'en présentera, habituellement pendant la saison des produits frais ou quand les produits alimentaire sont en rabais.
Les réserves alimentaires en rotation sont destinées à être consommées à court ou moyen terme.

Apparence typique: étagères remplies de conserves du commerce, de conserves maison (bocaux Mason ou autres), de sacs d'aliments (farine, pois chiches, sucre, sel, nouilles sèches, etc.).

Les réserves alimentaires congelées  

Chevauchent les réserves d'usage courant et les réserves en rotation. 

Le rayon des surgelés occupe de
plus en plus d'espace dans
les supermarchés
Depuis une vingtaine d'années, les aliments congelés qu'on fout au four pendant 30 minutes ont fait florès et occupent désormais une place importante dans notre alimentation. Techniquement, ces aliments sont d'usage courant. Toutefois étant donné qu'ils sont congelés donc déjà conditionnés à une longue conservation, ils peuvent aussi être assimilés à des réserves alimentaires en rotation, c'est à dire à usage plus éloigné dans le temps.

La congélation est une admirable technologie dont on pourrait difficilement se passer. 


Glacière datant du régime
français, Louisbourg.
Elle ne fonctionne toutefois que s'il existe de l'énergie disponible (sauf les cas rarissimes de gens possèdent des caveaux-glacières). 

En cas d'indisponibilité énergétique, on risque de perdre rapidement nos réserves. Il est donc hasardeux de ne se fier qu'à nos congélateurs pour nos réserves en rotation.

Un petit truc que nous pratiquons à la maison: quand il n'est pas rempli nous mettons dans le congélateur des sacs de mylar remplis d'eau traitée préalablement à l'eau de javel. Cette eau gèle et en cas de panne électrique, elle aide à maintenir la basse température du congélareur. 


Si vous avez beaucoup d'espace dans le congélateur vous faites d'une pierre deux coup: vous allongez de plusieurs jours le moment où les aliments se mettront à dégeler et à partir duquel ils doivent être consommés ou conditionnés autrement, et vous vous donnez du même coup plusieurs journées d'autonomie en eau. Gagnant-gagnant.

Apparence typique: congélateur (!) rempli de sacs Ziploc, de sacs plastique scellés sous vide, d'aliments commerciaux en boite.

Les réserves alimentaires d'évacuation


Sont des réserves alimentaires à usage spécifique: nous permettre de nous nourrir pendant qu'on se pousse pour aller en lieu sûr. 


Elles sont sélectionnées en fonction de leur poids, de leur goût, de leur volume réduit, de leur rapidité de préparation, des quantités de calories qu'elles nous rendent disponibles et de leur capacité à être assimilées sans produire trop de déchets corporels.

L'exemple classique de telles réserves sont les MRE, les Meals Ready to Eat autrement nommés "rations militaires". Mais on peut aussi y inclure les aliments déshydratés ou déshydratés à froid. Ces réserves sont d'usage spécialisé et ne devraient être utilisées que pour les situations d'évacuation, ou encore quand elles sont sur le point de devenir périmées. Vivre trop longtemps sur de tels aliments peut s'avérer euh, disons, constipant. Et les additifs ajoutés à cette nourriture ne sont pas bons pour la santé en cas d'usage prolongé.

Apparence typique: boites de carton de petit format, sacs de mylar, sachets de plastique.

Les réserves alimentaires d'urgence

Sont enfin les réserves de dernier recours. Ce sont les aliments qu'on mange quand on ne peut s'approvisionner par d'autres moyens et qui par la force des choses deviennent notre ordinaire. 

Mon article http://preparationquebec.blogspot.ca/2013/03/20396-dollars-pour-alimenter-4.html est justement consacré à une proposition de réserves alimentaires d'urgence.

Ce ne sont pas nécessairement des aliments du quotidien de normalité, quoiqu'ils pourraient; ce sont des aliments sélectionnés pour leurs qualités nutritives, énergétiques, leur longue conservation (jusqu'à 25 ou 30 ans ans) et leur faible encombrement en terme de volume.

Ce sont des réserves qui doivent permettre de durer plusieurs mois, voire quelques années si vous en avez stocké suffisamment, avec une diète de base qui sera complémentée par toutes les opportunités alimentaires possibles. De cette manière les prévoyants qui y ont recours ne seront pas obligés de consacrer la majeure partie de leur temps à trouver des aliments, pourront mettre ce temps libéré à profit en produisant des aliments et se maintiendront en forme et en santé plus longtemps.

Les réserves alimentaires d'urgence sont à préparer, à conditionner et à oublier, sauf pour l'inspection biannuelle de leur état, évidemment!

Apparence typique: sacs de mylar dans des sceaux de 5 gallons.

Quel type de réserves favoriser?


Celles dont vous avez besoin.

Perrette et le pot au lait
Oh bien sûr si nous nous écoutions nous aurions, comme Perrette, besoin du beurre, de l'argent du beurre, du sourire de la crémière et des faveurs de sa soeur.

Dans la vraie vie nous devons faire des choix. Ceux-ci sont dictés par nos désirs, nos besoins perçus, la nécessité et nos capacités.

Si on habite Paname ou Montréal, enfin n'importe quelle zone urbaine d'importance, il y a fort à parier que l'espace pour stocker sera réduit à cause du coût prohibitif du logement. Paierez-vous 200 ou 300 dollars/euros de plus par mois pour disposer d'une pièce de stockage? Moi non.

Par contre si vous prévoyez ne jamais quitter votre lieu de résidence peu importe ce qui se produit, sauf si vous y êtes forcé, les réserves alimentaires devront forcément être beaucoup plus importantes que si vous avez un Bug out location dans la ferme familiale à 200 km de chez vous.

Et si votre plan d'urgence implique nécessairement une évacuation et que votre moyen de transport est le vélo, il est inutile de stocker six mois de nourriture que vous ne pourrez pas emporter de toutes manières.

Plus que le désir ou le besoin perçu, c'est la nécessité et la capacité qui dictent l'ampleur des réserves ainsi que leur nature et leur forme.

Aussi ne cherchez pas à imiter les autres, analysez strictement vos nécessités et vos capacités, elles dicteront le type et la nature de vos réserves alimentaires.

En cas de restrictions spatiales et conséquemment de stockage plus limité, privilégiez quand même l'eau puisque qu'on ne vit que trois jours sans eau par rapport à trois semaines (théoriquement) sans nourriture. L'eau, et les moyens de la rendre saine et potable.



Votre situation

Sans vous commander, je vous propose quelques éléments à considérer quand vous élaborerez vos réserves alimentaires ou si vous envisagez de les remanier.

Votre espace disponible — il est déterminant pour la quantité de nourriture que vous pouvez stocker ainsi que sa forme. Beaucoup d'espace disponible procure la liberté de choix quant au type de réserves. Si vous ne disposez pas d'espace en surplus, il est probable que vous deviez vous rabattre sur des réserves d'urgence, plus compactes. 

Votre autonomie énergétique — si votre source d'alimentation électrique est fiable et/ou si vous pouvez produire suffisamment d'électricité vous même de manière durable et permanente, vous pouvez envisager d'intégrer un ou deux congélateurs (j'en déjà vu quatre gros congélateurs dans une maison!) à votre dispositif et vous reposer dessus pour composer vos réserves alimentaires.


Vos moyens financiers — l'argent est un déterminant majeur et il se peut que vos moyens vous limitent dans la quantité de réserves que vous pourrez constituer. Dès lors vous pouvez choisir de maintenir votre "standing"  alimentaire actuel et réduire la durée de vos réserves ou diminuer ce "standing" pour vous tourner vers des aliments moins chers comme dans les réserves alimentaires d'urgence, mais en augmentant votre durée d'autonomie.


Votre production alimentaire — il est pratiquement à la portée de tous de produire des aliments, même en pots sur un balcon en plein centre-ville. Si vous savez faire, voilà une autre source d'aliments à très bas prix et dont vous contrôlez la qualité de A à Z. Produisez ce que vous mangez mais aussi ce que vous stockerez.

Vos compétences personnelles en conservation — si vous savez mettre en conserve, déshydrater ou fumer la viande par exemple, vous vous ouvrez de nouvelles possibilités dont celle de mettre en conserve vos plats usuels, s'ils s'y prêtent, donc de manger les mets que vous préférez et cela peu importe que tout aille bien ou que vous viviez une crise majeure. 

Vos plans de contingence — vous avez normalement monté plusieurs scénarios et plusieurs réponses à ces scénarios. Il faut cependant s'assurer de choisir les bons types de réserves qui peuvent s'adapter à vos plans.

Les classifications proposées, je le répète, ne sont pas des modèles d'application universelle.

Si vous vivez sur une ferme en zone sismique à faible risque, en zone non inondable, loin des agglomérations urbaines et des centrales nucléaires, il devient superflu de vous constituer des réserves d'urgence. Vous n'évacuerez probablement jamais et de grandes réserves d'aliments en rotation feront parfaitement l'affaire.


À l'inverse, en ville, vous devrez probablement considérer des situations nécessitant l'évacuation ou carrément la fuite. Il faudra alors mettre l'accent sur des réserves d'évacuation et des réserves d'urgence mais plus réduites.

Maintenant, vous avez plus d'outils pour planifier vos réserves, que ce soit avec cette approche ou un dérivé ou encore une toute autre que vous préféreriez!
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Commentaires

Anonyme a dit…
Après lecture de plusieurs documents dont le suivie de votre blog, le principal problème du survivalisme est l'argent et l'incrédulité des personnes à qui on en parle. Ceux qui auraient les moyens de créer des BAD croient fermement que ça n'arrivera pas même après ce qui vient d'arriver à Chypre. On peut avoir toutes les connaissances du monde et des habilités particulières, sans argent pour se constitué une BAD c'est Game Over.
Parce que quand les problèmes vont arrivés, il ne faudra surtout pas compté sur les gouvernements et organismes humanitaire.

En passant dans votre stockage de denrée, vous devriez mentionner les semences et leur durée de conservation ainsi que les méthodes de production. Ca l'air idoit comme ça mais la plupart des gens ignorent qu'au Québec ça prend deux été (ans) pour porter une carotte (non OGM ni Hybride)à maturité pour que sa corolle de fleur pousse et donne ses graines, De plus la carotte ne peut pas rester planter dans le sol durant l'hiver.

François
Vic Survivaliste a dit…
Bonjour François,

Merci de votre commentaire.

En effet, le principal problème soulevé par bien des gens c'est l'argent.

Ceci étant il y a moyen de se préparer avec peu d'argent. Posséder une BAD est la situation idéale et la plus recommandée mais la très grande majorité des gens préparés n'en posséderont pas et s'en tireront néanmoins dans une situation critique de longue durée.

Et très certainement, il vaut mieux être riche et en santé que pauvre et malade, comme le disait souvent Yvon Deschamps! Rien n'empêche toutefois de se préparer dans la mesure de nos moyens. Si on a trois mois d'autonomie complète, c'est mieux que trois semaines. Trois mois d'autonomie complète permet à une famille de passer à travers une crise comme celle du verglas sans qu'il soit nécessaire de compter sur des secours extérieurs.

Les gens qui auront au moins constituées des réserves alimentaires et qui sont aptes au travail pourront s'en sortir beaucoup mieux que les autres, peu importe les contextes.

Il n'est donc pas inutile de se préparer tout en sachant qu'on n'a pas les moyens de se payer une BAD.

On peut aussi prendre entente avec un propriétaire de BAD pour, le jour où la situation le justifie, aller le rejoindre. Ou, sachant qu'on ne constitue pas un fardeau, proposer le moment venu à un proprio de BAD de venir l'exploiter avec lui, à des conditions équitables.

Le proprio clairvoyant n'exploitera pas les gens, il cherchera à se les attacher par des conditions raisonnables et le développement d'un sentiment d'appartenance. On peut difficilement obtenir d'esclaves qu'ils défendent leur maître mais de partenaires de prospérité, la chose va de soi.

Cependant, oui, c'est dommage mais pour le moment l'argent est un grand déterminant. Plus on en a mieux c'est mais ne pas en avoir beaucoup n'empêche pas la préparation minimale.

Quant aux graines, je n'en ai pas parlé dans cet article puisque ce ne sont pas des denrées :)

Mais en effet ce serait un bon sujet d'article et je le note. Merci d'attirer mon attention là dessus!
Anonyme a dit…
Le blé, le riz , les lentilles , les pois chiche , les haricots ,...se conservent très longtemps dans un récipient hermétique . Les spaghettis sont les pates qui occupent le minimum de volume par Kg , le lait en poudre , le café soluble ,le sucre , le sel ,l'huile ,...se conservent bien si le récipient qui les contient n'est pas entamé . Tout est question de bon sens et de respect des dates de péremption , conserver dans un endroit sec et frais , à l'abri de la lumière .
Anonyme a dit…
Je récupère l'eau de pluie que je filtre dans un filtre à charbon et sable fin , dans laquelle je mets une pastille de javel , et que je stocke dans un endroit frais ,à l'abri de la lumière .
Vic Survivaliste a dit…
Le sucre et le sel sont inertes donc pas de problème.

L'huile perd de ses qualités après 2 ans et se détériore rapidement après donc attention.

Le reste des aliments mentionnés se détériore progressivement par oxydation après 2-3 ans, donc perte de goût mais surtout de qualités nutritives.

Quant aux dates de péremption, sauf pour les produits périssables, ce sont des mentions légales qui n'ont rien à voir avec la réalité.

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