L'exception civilisationnelle et faire face à sa fin


Isaac Asimov, écrivain et vulgarisateur
États-Unien, 1920-1992
Vous avez lu le cycle de Fondation d'Isaac Asimov? En gros, un empire galactique comptant des millions de planètes habitées et des milliards de milliards d'être d'humains est à son apogée et un chercheur découvre une méthode d'analyse (la psychohistoire) grâce à laquelle il réalise que la prospérité et la grandeur de l'Empire cachent sa chute prochaine et une période de chaos, quasiment un retour à l'Âge de Pierre qui durera au moins 10,000 ans!

En prenant des mesures dures et résolues, surtout en prenant les bonnes mesures, cette période de chaos peut être réduite à 1000 ans à l'issue desquels une nouvelle civilisation universelle pourra voir le jour, une civilisation plus décentralisée et plus apte à satisfaire les aspirations de chacun.

À cette fin, la Fondation est crée, contenant des chercheurs et l'ensemble des connaissances de l'Humanité. Cette enclave de civilisation et de savoir doit être le point de départ de la nouvelle civilisation.

Je sais pas pour vous mais quant à moi, le problème et la solution me sonnent des cloches. Ce que ça ressemble à notre civilisation!

En effet dans l'histoire de l'Humanité, jamais n'avons nous été dans une situation comme celle de notre civilisation.

  • Nous faisons subir à l'environnement une pression énorme et jamais encore vécue
  • Nous consommons les ressources renouvelables plus vite que leur taux de renouvellement, en particulier la sur-surpêche dans les océans
  • Notre principal outil d'échange, la monnaie, est garantie non plus par des valeurs mais par des dettes
  • Le taux d'endettement des États Occidentaux est si élevé qu'on ne sait pas comment il pourra être résorbé (ou plutôt on sait qu'il ne sera jamais résorbé)
  • De plus en plus la richesse (l'argent) est concentrée dans les mains d'un petit groupe par des moyens qui détruisent la richesse du reste de la population en se l'appropriant
  • Nous dépendons d'énergies non renouvelables et quand celles-ci seront épuisées, tout s'arrêtera, à moins qu'on ne nous cache une nouvelle forme d'énergie remplaçant efficacement le pétrole.
  • En cas de catastrophes naturelles majeures, notre technologie énergétique nucléaire augmente considérablement les dommages, voir Fukushima Daichi.


C'est là que nous en sommes.

Alimentation

Il y a deux siècles, à peu près toutes les civilisations pouvaient nourrir leurs populations. Il y avait des disettes et des famines mais elles n'affectaient qu'une petite partie de l'humanité à la fois. Depuis le XXè siècle, la quasi totalité de la nourriture est spécialisée géographiquement, produite, récoltée et distribuée par des moyens mécaniques dépendants du pétrole. Que celui-ci vienne à manquer et nous ne pourrons presque plus produire de nourriture. 

Il y a deux raisons à cela:

La première c'est que le savoir agricole de nos ancêtres est quasiment disparu de nos mémoires; seules quelques communautés agricoles des pays dits sous-développés, qui pratiquent l'agriculture de subsistance, conservent cette connaissance.

La seconde c'est que l'agriculture ne dépend plus seulement de la qualité de la terre et du bon ratio soleil-pluie, elle dépend d'une chaîne d'approvisionnement très complexe — et très fragile. À l'époque du Just-In-Time ultra-efficace et réducteur de coûts, qu'un seul maillon défaille et c'est tout la chaîne qui se rompt.

C'est pourquoi les survivalistes ne devraient pas concevoir la "survie" sans y intégrer une agriculture de subsistance durable et permanente qui fournira notre nourriture et des surplus afin de sauver d'autres gens et de nous premettre de les échanger contre des biens.

Logement pour 22 personnes nourries pendant 7 ans...
Les stocks font un temps. Certains survivalistes, comme vu dans Doomsday Preppers de National Geographics, peuvent préparer de la nourriture pour 22 personnes pendant 7 ans. Ça donne 7 ans d'autonomie et si ces gens possèdent aussi des semences et font de l'agriculture durable, leur modèle est viable. 

Stocker des outils et des graines bios non-stériles est un point de départ mais si ça fournit ls moyens de produire en revanche ça ne procure pas le savoir faire pour produire efficacement de la nourriture en suffisance.

On oublie trop facilement à quel point nous sommes dépendants des systèmes d'approvisionnements de notre société.

Personnellement, j'ai connu l'époque des commerces ouverts en soirée les jeudi et vendredi seulement et fermés les dimanche. Après 18 heures, s'il ne restait rien dans le frigo il fallait soit commander du resto ou acheter des aliments de base ou des conserves dans les dépanneurs. Toutefois les frigos vides ça n'existait pratiquement pas puisque les gens savaient qu'entre 18h et 9h le lendemain matin, ils ne devaient pas compter sur des ressources extérieures.

Du temps de la jeunesse de mon grand-père, par exemple, le magasin général servait à s'approvisionner avec ce qu'on ne produisait pas et parfois, rarement, avec ce qui manquait. 

L'évolution de notre société nous a conduit à davantage de dépendance envers autrui, envers les systèmes d'approvisionnements et envers "le Système" lui-même.

L'abondance qu'on trouve dans les magasins nous fait commettre la grossière erreur de penser que tout est disponible, tout le temps et pour toujours. Même si on dit être conscient de la situation, on n'en agit pas moins conformément à ce qu'on attend des gens qu'on réduit à l'état de consommateurs.

Principaux membres du Project
for a New American Century: un think
tank qui étudie les moyens de maintenir
l'hégémonie économique et militaire US.
Or l'exception civilisationnelle que nous connaissons n'est pas viable. Ceux qui le savent sont :
  • les écologistes qui sonnent l'alarme depuis 40 ans
  • une poignée de "think tanks" qui cherchent surtout les moyens de s'approprier ce qu'il reste et de diminuer drastiquement la population mondiale, et 
  • nous les survivalistes, les preppers et les autarcistes.


Durant la guerre froide, les gens stockaient des vivres, des munitions, des médicaments, du carburant et des équipements aratoires, le tout entreposé dans des bunkers. C'étaient les premiers survivalistes. 

Ce modèle n'est toutefois pas viable à long terme pour cause d'épuisement des ressources et de l'incapacité de se maintenir de manière permanente car on dépend de réserves.

Évolution conceptuelle du survivalisme et "preppisme"

Heureusement, cette prise de conscience a fait apparaitre les preppers, une version moins hard core des survivalistes mais plus conscients de l'importance du développement durable et de la crise des ressources qui vient de commencer.

Michel Drac
Puis le concept de BAD développé par Michel Drac et Serge Ayoub et repris récemment par Piero San Giorgio est né. La BAD (Base Autonome Durable) répond à tous les besoins des survivalistes dans un contexte d'effondrement économique et civilisationnel. Avec ce modèle on n'a pas besoin d'énergie fossile ou si peu, on n'a pas besoin des réseaux de distribution, on n'a même pas besoin ou si peu du système routier. 

Le principe est simple: c'est une installation agricole qui produit des aliments par permaculture, c'est à dire une agriculture durable qui ne requiert ni pesticides ni engrais chimique, une autosuffisance énergétique par énergie solaire, hydraulique, éolienne et la combustion de bois ou autres combustibles renouvelables. De plus cette BAD regroupe plusieurs personnes (famille, clans, communautés) qui assurent mutuellement leur sécurité et la production de leurs aliments, soit par troc, soit par travaux communs.

Un retour à la terre mais cette fois-ci en s'inspirant de la vie de nos ancêtres et en profitant des incroyables connaissances scientifiques produites par notre civilisation ces 100 dernières années.

Notre civilisation n'a pas produit que du mauvais, loin s'en faut. Elle n'est cependant pas soutenable à long terme car son économie repose sur une croissance infinie, chose q'une planète, finie par définition, ne peut nous procurer. 

Moment de vérité

Nous sommes réellement à une croisée des chemins: jamais dans l'histoire de l'humanité n'avons nous vécu dans autant d'abondance et jamais non plus n'avons nous autant détruite la source de cette abondance. Ça va nous rattraper et rapidement en plus.

Il est impératif que toute les sociétés changent de mode de vie et ça doit se faire maintenant, le plus rapidement possible. Les précurseurs du nouveau mode de vie et de production économique, ce sera plus que probablement nous, les survivalistes et les preppers car nous aurons les moyens et les bases pour repartir la roue sur un chemin durable, du moment que nous ne nous contentons plus de stocker mais qu'au contraire nous commencions à produire nous-même nos aliments et nos outils.

Les autarcistes en sont déjà là, notre évolution naturelle est de les rejoindre.

Quelle est la prochaine étape?

Pour ma famille, c'est l'achat d'une terre, la construction d'un Bug Out Location qui sera converti en Base Autonome Durable dès que nous le déciderons. C'est aussi la préparation de cette terre pour la permaculture, la plantation d'arbres fruitiers, la préparation à l'autonomie énergétique. Plus la chose sera préparée d'avance, plus elle sera en mesure de supporter un plus grand nombre de personnes et avec un meilleur confort tant alimentaire que physique.

Il faut s'y prendre d'autant plus tôt qu'il y a tant de choses à apprendre: le travail de la terre, les interactions des plantes entre elles afin qu'elles croissent sans épuiser le sol et sans être vulnérables aux insectes nuisibles et aux parasites, la réparation des outils et des bâtiments et même leur fabrication, un peu de chimie et de biologie afin de fabriquer des produits d'hygiène et des médicaments.

Pour ceux qui ne veulent pas ou ne peuvent pas quitter la ville, il est toujours possible de se ménager une place dans une BAD en la préparant d'avance. 

Trouver des modèles originaux et fonctionnels

Il existe chez certains agriculteurs bio une forme de partenariat entre le producteur et les consommateurs, ces derniers supportent financièrement le producteur qui leur donne ensuite sa production.

La même idée peut être reprise pour une BAD. Une famille s'établit sur la BAD, son occupation principale est de l'habiter, de l'aménager et de la préparer pour les partenaires qui iront s'y établir un jour. 

Rapidement cette BAD produira de la nourriture saine qui sera répartie entre les partenaires et en cas de coup dur, tous trouveront un endroit sécuritaire et prêt à les accueillir. Cette BAD, situé évidemment en campagne, peut devenir pour les partenaires non-occupants un lieu de villégiature pour les vacances d'été.

Ces partenaires peuvent aussi y stocker la plus grande part de leurs réserves qui y seront plus en sécurité qu'en ville. Dans le même ordre d'idée, l'évacuation d'urgence de la ville attirera moins l'attention car ils n'auront pas besoin d'une remorque contenant leur nourriture et leurs équipements.

En contrepartie ils paient une forme de rente à l'occupant, rente destinée à conserver active leur place, dédommager l'occupant pour le travail qu'il accomplit pour le compte des non-occupants (défrichement, travail de la terre, aménagement, surveillance, etc.).

Ce sont de grandes lignes, une ébauche de modèle mais certainement pas LE modèle. Il illustre de manière simple les possibilités qui s'offrent à ceux qui n'ont pas les moyens d'acheter, d'aménager et d'équiper une BAD.

Il peut exister autant de modèle que de gens peuvent en imaginer. L'important est que ces modèles doivent être viables et durables, tant du point de vue de l'exploitation de la terre que tu point de vue humain. 

Si vous êtes survivaliste ou prepper et que vous n'avez pas les moyens d'une préparation immobilière j'aimerais bien connaître votre opinion, en particulier comment vous envisageriez une BAD dont vous n'êtes pas propriétaire mais seulement partenaire.

J'attends vos commentaires!
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Commentaires

Loup Espiègle a dit…
Salut Victor !

Les graines stériles n'existent pas sur le marché, voir : GURT. Les graines hybrides ne sont pas stériles, j'en ai fait la très simple expérience. However they don't breed true donc c'est un peu la loterie...

Pour ce qui est de l'effondrement, je dirais que c'est une possibilité mais rien n'est certain. J'envisage aujourd'hui une autre possibilité, un futur technologically bright but politically dark, à savoir une élite qui vit dans le high-tech dominant le peuple qui vit dans un Tiers-Monde urbain et globalisé. C'est tout à fait envisageable dans un monde en décroissance.
Je me souviens d'une série télé dans mon enfance qui racontait l'histoire d'un gars qui est transporté dans un "monde parallèle" où le peuple vit au Moyen-Âge tendit que l'élite a des gadgets high-tech.

Notre avantage en tant que survivalistes c'est qu'on peut anticiper ce genre de scénario alors que la grande majorité de nos concitoyens sont noyés dans le bruit médiatique. Préparons-nous !!
Anonyme a dit…
Salut,
Perso, j'ai déjà ma BAD et ma fille est en cours d’acquisition d'un terrain ou elle pourra faire la sienne avec son copain....
Du coup j'ai de la place qui se libère dans la mienne....
J’envisage donc d'accueillir un de mes beau-frère avec qui j'ai beaucoup d'affinité et qu'il me serait difficile, à mon épouse et à moi même, de laisser dans la "merde".
Surtout qu'il a lui même 2 garçons en age de tenir un fusil !
Bref, je pense que partager les ressources disponibles pour assurer la sécurité du groupe peux être un choix judicieux.
un homme seul ne pourra jamais assurer 24 heures de veille d'affilé
Sans compter le travail au jardin....
Bref, Si j’espérai trouver une place dans une "BAD", je tacherai d’acquérir les compétences et le matériel qui va avec, qui ferait de moi le "compagnon" indispensable de celui qui pourrait éventuellement m’accueillir !
capausoleil
Alfgard a dit…
Bonjour,

J'ai ma BAD qui est aussi mon domicile, je peux y stocker beaucoup de nourritures et de matériels... hélas, je n'ai que 2000 m² de terrain dont une partie est recouverte par la maison et les dépendances, néanmoins, j'ai un rucher et un poulailler... et un jardin (prémices) ! Cela suffira-t-il ?

Je prévois aussi de me passer TOTALEMENT d'électricité et... dès lors de prévoir du "tout" mécanique et du chauffage au bois pour toutes les pièces (ou on descendra tous dormir dans la pièce qui a la cheminée) !

Certains survivalistes et/ou preppers m'estiment prête mais si mon stock n'est pas conséquent !
Victor a dit…
Salut Alfgard,

Je ne sais pas combien il te reste de m2 à mettre en culture et je ne suis pas, de loin! spécialiste en la matière.

Cependant mes recherches m'ont fait conclure qu'il faut 400 m2 de terre en permaculture pour nourrir une personne végétarienne pendant un an. 100 m2 cultivés et 300 m2 pour faire du compost.

S'il te reste disons 1000 m2 tu peux théoriquement nourrir 2 adultes et un jeune enfant.

Si par contre tu utilises des engrais chimiques tu peux augmenter la surface de terre cultivée, en prenant soin de semer des végétaux compatibles et se protégeant mutuellement.

Donc c'est pas la fin du monde ta situation, bien au contraire! Si tu ramasses les fientes des poules pour les épandre sur la partie à composter tu engraisses ta terre. Il faut juste faire attention à ne pas prendre le compost où tu as récemment épandu les fientes!

Je te suggère de prendre contact avec des associations locales de permaculture et de voir avec eux ce que tu peux faire.

Le tout bio c'est bien mais si tu as besoin de produire perso je ne me priverais pas de production au motif que c'est chimique: le mieux est l'ennemi du bien et il faut manger!
LeFouDuRoi a dit…
Bonjour Victor,

C'est mon premier message, alors tout d'abord, félicitation pour ton blog. Je l'ai découvert après celui de vol, mais je l'aime tout autant car ils sont complémentaires et vont dans la même direction.

Même si depuis quelques mois, je me plonge à fond dans le survivalisme (avec vol.west, piero et toi comme exemple), je suis depuis des années plutôt "autarciste".
Avec le temps, j'en dirai surement un peu plus...
Mais en attendant, je te conseil, ainsi qu'à tes visiteurs, le livre "revivre à la campagne" de John Seymour.
Le livre a été ré-édité (De Borée) il y a 3-4 ans et est donc à nouveau disponible. L'ancienne version que je possédais depuis des années était introuvable tant elle était précieuse pour ses propriétaires...
C'est vraiment un ouvrage de base pour tout ceux qui veulent développer une B.A.D. viable sur le long terme.
Anonyme a dit…
Salut,

justement je me cherche un terre à vendre...mais c'est tellement cher ! comment trouver une terre peu coûteuse ?

merci
Anonyme a dit…
La base même de l'agriculture de survie c'est de sauvegarder une partie des semences repartir l'an d'apres... joli coup de marketing que de forcer le petit paysan a revenir tout les ans.

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