Tactique 101

MISE EN GARDE


L'article qui suit vise le cas hypothétique où de tels agissements seraient légaux et/ou imposés par la nécessité de légitime défense.

Il ne constitue aucunement une incitation, un encouragement ou une justification à poser de tels agissements et cet article est publié à titre théorique.

Le contexte théorique du sujet abordé est le cas où l'État et ses appareils de sécurité seraient détruits ou inopérants et où les citoyens seraient laissés à eux-même pour tous leurs besoins, y compris celui de sécurité. 

La tactique?


Supposons une situation chaotique causée par une catastrophe naturelle ou humaine dans laquelle les forces de sécurité de l'État sont débordées, incapables de répondre à la demande ou encore simplement inexistantes.

Un tel contexte imposera la nécessité de se défendre et de défendre notre famille et nos proches contre les zombies animés d'intentions criminelles.

Et c'est à ce moment que l'improvisation est presque toujours fatale.

La tactique c'est l'art de d'anticiper une bataille et de la mener en vue de la gagner.

Loin de moi l'idée de faire de cet article un manuel pratique! Les policiers et les militaires passent des années à apprendre et à pratiquer la tactique et il serait illusoire de penser qu'un écrit équivale à cette formation pratique!

Je vais néanmoins énoncer en vrac quelques éléments importants qui pourront changer l'équilibre des forces en votre faveur.

Mon point de vue n'est pas orthodoxe et est destiné à expliquer la chose à des profanes. Il se trouvera toujours des théoriciens de salon ou des praticiens réels pour commenter, bienvenue à leurs commentaires! toutefois le point n'est pas d'être conforme à leurs conceptions mais bien de communiquer des principes généraux et des renseignements de base.

Afin d'aider à la compréhension, je vais citer quelques exemples pris dans le cinéma dont le film The Patriot avec Mel Gibson.

Énoncés


SAISIR, DÉTENIR ET MAINTENIR L'INITIATIVE - L'initiative, c'est la clé du succès de tout affrontement - armé comme non armé d'ailleurs.

L'initiative c'est la capacité à décider des termes du combat (où, quand , comment, avec qui, dans quelles conditions).

On obtient l'initiative soit par la surprise (embuscade, attaque imprévue par l'adversaire), soit par la supériorité (tir de suppression, tir de supériorité, supériorité numérique ou matérielle), soit par le mouvement (capacité de se déplacer rapidement et de décider du lieu d'engagement), soit par les conditions externes invariables (position dominante, retranchement formidable, obstacle naturel comme de l'eau ou un marais à traverser par l'adversaire) et finalement par la connaissance intime du champ de bataille et de son adversaire.

L'initiative, c'est d'avoir la haute main sur nos adversaires. Dans le cas de courts engagements dans un environnement belliqueux sous contrôle (information juste et complète, arrières couverts, puissance de feu suffisante ou supérieure), l'initiative permet d'infliger à l'adversaire des pertes très élevées avant même qu'il ne puisse tenter de nous en infliger.

Il ne faut jamais oublier que le but d'un affrontement n'est pas d'en sortir un héros mais d'en sortir vainqueur avec le moins de dommages et de pertes possible. L'esprit chevaleresque n'a rien à voir là dedans.

Rappelez vous la scène de The Patriot où Benjamin Martin (Mel Gibson) embusque une colonne britannique avec ses deux jeunes fils pour libérer son ainé. Ils se cachent le long de la route ni trop près ni trop loin, il établit un tir croisé à l'aide de ses fils, il tire un premier coup, attirant l'attention sur lui et se place rapidement à l'abri dans une autre position préparée. Une fois l'attention sur lui ses fils tirent de leur position et provoquent non seulement davantage de pertes chez l'ennemi mais aussi de la panique. Vous connaissez la suite.

Il y a dans cet engagement: élément de surprise, positions d'attaque préparées, positions de repli préparées, acquisition de l'initiative et son maintien, mouvement, position surplombant l'ennemi, attaque au corps à corps d'un ennemi déstabilisé et finalement, le tir croisé. Même s'il attaquait un ennemi supérieur en nombre, il a su compenser sa faiblesse numérique par des décisions intelligentes. Évidemment c'est un film mais dans la vraie vie, même avec des armes contemporaines, je ne doute pas du résultat.

OBJECTIFS CLAIRS ET DISCIPLINE. Beaucoup de batailles, dans l'histoire militaire, ont été perdues en fin de compte parce que les capitaines qui commandaient n'ont pas respecté leur plan de bataille. Ils ont vaincu leur ennemi qui se replie mais n'avaient pas prévu une victoire aussi rapide, ou n'ont pas fait preuve de prudence en utilisant mal leurs réserves ou encore par indiscipline de ses troupes.

Il existe une phase dans une bataille qui s'appelle "l'exploitation", elle consiste à poursuivre l'ennemi en déroute afin de l'éliminer et à occuper de nouvelles positions maintenant ouvertes par la débâcle adverse. Or si l'exploitation n'a pas été préparée; si elle s'effectue sans en avoir les moyens ou encore avec des moyens inadéquats, elle peut simplement signifier la transformation de la victoire en défaite. J'en veux pour exemple le légendaire combat des Horace contre les Curiace, visitez le lien ci-bas pour connaître l'histoire des Horace et des Curiace:

Les combat des Horace contre les Curiace.

Moralité: ne pas briser son dispositif et rester discipliné même quand on semble triompher immanquablement.

Et il y a la bataille où les "blue jackets" on finalement vaincu les "redcoats" dans The Patriot.

Voici le contexte de la bataille finale entre l'armée révolutionnaire états-unienne et les troupes anglaises du film The Patriot:

Les troupes révolutionnaires n'étaient pas victorieuses très souvent. En fait elles étaient abonnées à la défaite.  Dans The Patriot, lors de la bataille finale, les blue jackets marchent au contact de l'ennemi et parmi elles se trouve le héros du film, Ben Martin (Mel Gibson).

Dans le film, on voit les blue jackets et les miliciens de Martin avancer, engager, puis se débander. Ce voyant Cornwallis ordonne la poursuite (l'exploitation) et le colonel Tavington (qui fait preuve d'indiscipline crasse) lance sa cavalerie sans ordre de le faire.

Or derrière un immense talus, un bataillon des forces révolutionnaires était là, baïonnette au canon et sabre au clair. La débandade des blue jackets était une feinte et comme les anglais ont brisé leur dispositif, ils ont été vaincus par incapacité de réagir.

Leçons? Le respect du plan de bataille est primordial. Le plan de bataille comprend les objectifs à atteindre et les façons de les atteindre.

Oui bien sûr il faut se montrer opportuniste mais seulement si cette opportunité a été prévue au plan. Le manquement au plan de bataille vient introduire des variables qui deviennent vite incontrôlables. C'est vrai pour les armées, c'est vrai pour les individus ou les petits groupes.

ÊTRE IMPRÉVISIBLE - Beaucoup de fantassins expérimentés sauront au premier coup d'oeil où aura lieu l'embuscade et dès lors prendront les mesures appropriées pour éviter de tomber dedans et retourner le piège contre les adversaires.

C'est pourquoi il faut éviter les évidences. Si j'avais une embuscade à monter, je n'irais pas me placer au meilleur endroit, ni même au second meilleur mais probablement au troisième ou quatrième meilleur endroit, sachant que mes chances de demeurer furtif seront meilleures si je suis placé dans un lieu où on ne me cherchera pas.



ÊTRE RÉSOLU - La résolution est une arme de guerre. Le guerrier ou le combattant résolu à vaincre a une grande longueur d'avance sur celui qui hésite. Dans le cas d'un chef, la résolution sera une inspiration pour les autres.

Dans un engagement il faut parvenir à ne plus penser, à ne plus se regarder agir et devenir une bête sauvage qui dirige toute sa fougue vers la victoire.

Ceux qui font des arts martiaux de compétition savent de quoi il s'agit: une espèce de vide qui ne laisse de place que pour la victoire.

CONSERVER SON POTENTIEL DE MOBILITÉ - La guerre de tranchées, c'est vieux d'un siècle. Si vous demeurez retranché vous donnez en partant à l'adversaire la possibilité de gagner l'initiative. Le retranchement dans le bunker doit être la dernière solution.

Il n'y a aucune forteresse qui ne soit tombée un jour, sauf celles du marquis de Vauban, si elles étaient défendues. Comme ni vous ni moi n'avons le génie du marquis de Vauban, tenons-nous loin des retranchements tant que nous en avons le choix.

Si vous connaissez bien votre terrain, exploitez cette connaissance! Des déplacements fréquents dans votre engagement forcent l'ennemi à avancer à l'aveuglette pour rétablir le contact avec vous. C'est autant d'occasion sinon d'embuscades, du moins de premier coup tiré.

Les armées qui font la guérilla ne font que ça: bouger, changer de camp, faire des actions coup-de-poing et se retirer. C'est pourquoi, bien qu'inférieures en nombre, elles peuvent tenir en respect des armées organisées beaucoup plus fortes qu'elles.

En toutes circonstances: NE VOUS LAISSEZ JAMAIS ASSIÉGER! Oui vous avez de l'eau et de la nourriture pour longtemps et vous pouvez voir venir mais vous ne savez jamais ce que l'adversaire prépare. Si votre bunker résiste aux tirs d'armes légères, un adversaire peut sortir de sa manche une canardière qui tire 1/2 livre (227g) ou 1 livre (450g) de plomb sur votre porte, voire même de l'équipement militaire ou des explosifs. Il peut aussi trouver votre bouche d'aération et même si vous avez des filtres, ils seront vites saturés par la fumée et la suie.

DÉFINIR ET RESPECTER LES RÈGLES D'ENGAGEMENT - Des règles d'engagement, ce sont des conditions qui sont définies comme des déclencheurs d'action. Par exemple:
  • À une certaine distance d'un point "x", tir de sommation ou tir direct sur les cibles
  • Si je suis engagé, je riposte
  • Je maintiens le feu jusqu'à ce que l'adversaire ait quitté mon périmètre ou soit éliminé
  • Je poursuis l'adversaire tant que j'ai sous ma vue
Ces règles n'ont qu'un seul but: vous dispenser de décider dans le feu de l'action. 

En effet sous le coup de l'adrénaline, la peur (il est normal d'avoir peur), l'angoisse, notre jugement est altéré. Ce n'est plus le moment d'y avoir recours, c'est le temps de décider rapidement. Les règles d'engagement reposent sur des constats qui, une fois avérés, déclenchent une action de votre part: engager, fuir, retraiter, se rendre, etc.

Si vous règles sont bien construites et mûries et que vous les observez à la lettre, vous gagnez de précieuses fractions de seconde et leur existence même augmente votre résolution dans le combat.


QUELQUES VÉRITÉS


Les engagements armés ne durent pas longtemps, de quelques secondes à deux ou trois minutes.

Les attaques frontales sont rares; en revanche les embuscades sont plus probables, de même que les tirs à plusieurs centaines de mètres de distance, si le terrain le permet.

On meurt tout autant de l'infection d'une plaie que d'une balle tirée dans une zone létale.

La pitié est une vertu, elle peut parfois aussi être une faiblesse fatale.

Les obstacles bloquent peu les balles, contrairement à ce qu'on pense, surtout quand ce sont des munitions militaires qui sont employées.

Se réfugier derrière un obstacle résistant aux tirs permet de se protéger mais n'oubliez pas que pour être totalement protégé, vous renoncez à votre capacité de voir ce qui se passe.

Il n'y a pas de négociation possible avec des gens armés qui se présentent chez soi avec l'intention de prendre. Si on négocie, soit ils reviennent, soient ils nous endorment pour mieux nous dépouiller.

On fait difficilement de grandes choses avec de petits moyens (d'Artagnan dans Les Trois Mousquetaires): si on veut coucher l'adversaire, on fait un vrai tir de suppression; si on n'en a pas les capacités, on ne mise pas sa vie sur une demi-mesure et on adopte une approche qui correspond à nos moyens.


CONCLUSION


Si l'État disparaît ou est aux prise avec des problèmes si graves qu'il n'est plus en mesure d'assurer la sécurité de sa population, vous êtes laissé seul à vous même. Si vous avez pris arrangement avec des preppers mais que ceux-ci sont réfractaires aux armes, vous traînerez des poids morts que vous devrez en plus défendre. Veillez à vous entourer de gens qui sont prêts à se battre même s'ils n'en ont aucun désir.

Il y aura des gens qui seront pris au dépourvu et qui auront recours à la violence pour pouvoir nourrir les leurs et survivre. Si vous avez énormément de moyens, vous pouvez décider de partager avec eux, avec les risques que ça comporte. Mais d'avance, s'ils arrivent armés, ça la fout mal...

Si vous ne partagez pas et qu'ils ont les capacités de prendre vos réserves et vos biens de force, mieux vaut savoir les affronter.


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Commentaires

Alfgard a dit…
Suivre une débandade dans une bataille est souvent risquée.
Déjà, en 1066 à Hastings, quand les bretons ont fuit la bataille, les anglais ont voulu les suivre ont affaibli une de leur ailes et les chevaliers normands en ont profité !!!
Victor a dit…
Discipline, discipline et discipline! En pensant assurer leur survie individuelle, beaucoup de soldat se débandent et ce faisant, affaiblissent ou détruisent le dispositif du Capitaine et provoquent la défaite et la mort.

Ceci étant, à notre échelle de survivaliste devant défendre sa vie, celle de sa famille et de ses camarades de clan, ou encore ses réserves alimentaires ou ses moyens de subsistance donc encore là leur vie, ça n'est pas la même échelle. Toutefois, oui, si un camarade dort pendant sa garde ou se débande, c'est l'ensemble de la communauté qui paiera le prix.

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